seuil

  • "Ecrire l’histoire, c’est foutre la pagaille dans la géographie" !

    Imprimer

     La phrase de Daniel Pennac (tirée de La Fée Carabine) est citée par Olivier Marchon dans le  livre qu’il consacre aux bizarreries géographiques, tout récemment publié.livre seuil mont blanc 001.jpg

    Son ouvrage «  Le mont Blanc n’est pas en France ! » est simple, plaisant à lire comme des historiettes.

    Des anecdotes significative, en fait...Avec le terme ONU qui revient à plusieurs reprises.

    L'auteur a observé avec attention les territoires enclavés, ces morceaux de souveraineté ayant « atterri » (c’est le verbe qu’il emploie page 13 )  chez les autres.

    De véritables casse-tête !

    Il évoque  également  les territoires utopiques, symboliques, rêvés...

    Que le sommet du Mont-Blanc soit disputé par l’Italie et la France n’est pas une nouvelle en soi. Ce qui est plus drôle: le sommet identifié comme étant le plus haut de la zone ( donc le…toit de l’Europe) n’est pas forcément celui que l’on croit  !

    VALLEE DES DAPPES DITE  ..."NEUTRE" POUR RAISON DE DIFFEREND ENTRE SUISSE ET FRANCE !

    Entre Suisse et France, le litige d’enclave porte sur l’Arbézie (lire bois du Rizoux, une vision côté France. On attend la vision helvète ! ) plaisanterie entre Franche-Comté et comté de Vaud autour de l’hôtel restaurant d’un certain   Marc Arbez coupé en deux par la frontière. Or, la régularisation semble difficile.

    Elle s’inscrit dans un contexte politique réel : « les résistances locales (p 163) sont grandes. Elles trouvent leurs racines dans l’histoire étrange de la vallée des  Dappes (…) Durant près de 400 ans jusqu’à la fin du XIXème siècle, les 19 kms carrés de cette vallée reculée du Jura sont laissés à l’abandon par les deux pays »

    On entre carrément dans le véritable champ politique franco-suisse:

    « Un différend entre suisses et français rend impossible le partage du lieu qui devient neutre par la force des choses. La vallée de Dappes se transforme en destination refuge. Pour ceux qui ont intérêt à se faire oublier. Sur place les hivers rudes et les autorités absentes forgent l’habitude d’indépendance des habitants. »

    Problématique qui perdure jusqu’au 8 décembre 1862 date du Traité de Dappes -  le bienvenu pour mettre tout le monde d'accord, suisses et français !

    EN BELGIQUE, LA FRONTIERE COUPE  UNE PORTE D'ENTREE DE MAISON EN DEUX !

    Les enclaves les plus significatives à la lecture de l’ouvrage ont été de mon point de vue la découverte de la pratique britannique qui accumule des situations de fait…chez les autres.

    On connaissait les Malouines, Gibraltar. Mais pas Chypre où les SBA (Sovereign Base Aeras) abritent les bases militaires de surveillance anglaises. Surveillance électronique du Proche-Orient évidemment.

    Leur statut est alambiqué : « leur administration est militaire ( p 38) mais leur police et justice civiles et appliquent une loi calquée sur la loi chypriote. Elles ne font pas partie de l’Union européenne alors que Chypre et le Royaume-Uni en sont tous deux membres !"

    En résumé les SBA sont enclaves d’un pays de l’UE dans un autre pays de l’UE mais hors de l’UE tout en étant dans la zone euro ! C’est d’un simple...encore une bizarre exception britannique !

    A savoir: en 1964, les britanniques ont cessé de payé le loyer de ces bases militaires à Chypre. Question du livre « les locataires mauvais payeurs seront-ils un jour priés de déguerpir ? »

     Au détour d’ un ouvrage original rédigé comme de petites histoires,pleines d'humour, on découvre  des données géostratégiques les plus contemporaines !

     

                                                                                Sylvie Neidinger

    Le Mont Blanc n'est pas en France. Par Olivier Marchon. Seuil Isbn 9782021074215

                     

                                                               rubrique A LIRE

  • Mal de femme. La perversion au féminin

    Imprimer

     Le terme de "perversion" n’est pas à prendre au sens moral  Au sens d'une altération, celui d'une maladie.

     La jeune fille qui se prive de manger n'est pas une perverse au sens moral évidemment. Elle développe  une anormalité que le psychanalyse nomme un "mal de femme" et en sous-titre : la perversion au féminin.

    photo mal de femme 001.jpg

    « Elle avait dû descendre en l’espace de quelques jours à moins de 4 grammes d’hémoglobine et son teint correspondant à ce qu’on en décrit dans les livres : une pâleur essentielle, une consistance de cire empreinte dans la profondeur de la chair qui faisait de sa présence une apparition irréelle, un être venu de très loin, au-delà des frontières de la vie pour témoigner –de quelle énigme ? »

    "Quatre grammes": une mesure physique quantifiable pour une maladie psychosomatique gravissime: l’anorexie mentale. 

    Elle touche majoritairement les femmes (pourquoi ???) qui auto-sacrifient leur corps, le ravagent, le violentent au point de le rendre cadavre…vivant lorsque le mal devient paroxystique.

     L’ouvrage passionnant est paru récemment, en mars,  par Alain Abelhauser    psychanalyste, professeur en psychopathologie clinique à l’Université Rennes-2.

    Idéal à lire sur les bords du Léman à Genève, cette  patrie contemporaine des psy…

     L’auteur décrit la difficulté du corps médical à poser sur ce mal le diagnostic en raison précisément  de la perversion liée: le décalage entre «  l’exposé » par la patiente et sa réalité.

    Le  réel de « celle qui doit être obéie » comme le décrit si finement l’auteur en exergue.

    Il donne l'exemple d'une  hospitalisée en position agissante, coopérative avec le corps médical qui va jusqu’à  proposer de participer à ses soins,  de tenir elle-même sa courbe de température par exemple. Lorsque enfin, les soignants, rationnels commencent à s’apercevoir que toutes les données rendues sont …fausses ! La dame se fâche contre ceux qui ne comprennent rien. Elle   signe la décharge et quitte l’hôpital...

     L’illustration picturale  du livre choisie par l’auteur, à savoir  « Jeune fille accroupie tête baissée  » par Egon Schiele, peinture de 1918, Vienne est visuellement significative à propos des ravages auto-infligés. Rappel : Vienne : patrie… initiale des psychanalystes.

    Le corps négativé est  très à la mode, très présent  dans les magazines féminins, les mémoires d’étudiants, chez les mannequins etc.

    Pourtant l’anorexie reste terra incognita: si mystérieuse.


     [Nota Pour la clarté déontologique,  cet article va identifier par une couleur différente les commentaires  -dialectiques,  de la blogueuse inspirée par le sujet, commentaires ainsi différenciés des propositions de l'auteur. Car la  démarche est peu orthodoxe  pour une présentation d'ouvrage.]

     

    1-THEMATIQUE: Autour du SANG (Dracula)

     Quels mécanismes poussent la femme malade à devenir son propre Dracula : à se vider symboliquement de son sang ?? Le sang des menstrues, de la défloration, des accouchements   étant bien évidement une caractéristique du féminin...

    Le sang est chaud, son absence: mortifère.

    Alain Abelhauser évoque bien une vampirella (p152) Le  passage 3 du chapitre IV page 141 met en scène l’été 1816 à Genève sur les bords du lac, Villa Diodati, l’écriture de la  nouvelle « le vampire » par  Lord Byron qui deviendra mythe littéraire repris dans toute l’Europe.

     Il décrit également le cas de cette patiente d’une transparence cadavérique qui s’habille pourtant d’une robe rouge éclatant et ongles vernis du même rouge vif.

    Extraordinaires détails significatifs …Quelle provocation (ou pis-aller?) vis-à-vis des « Autres », du champ social et familial  que "se vider " en interne de son hémoglobine par graves privations  pour aller afficher en  externe, en parallèle, une substitution. Un ersatz de sang: juste la couleur rouge plaquée sur un corps au squelette rendu visible !

    La patiente décrite par l’auteur semble s’auto-jouer un clair-obscur, comme le négatif de la photo qui expulserait  l’érotisme humain pour mettre en scène un anti-érotisme de façade avec la maigreur repoussante mais peinturlurée de rouge. Un ravalement de façade, comme pour faire illusion !!!

    Pourquoi ce décharnement qui va la rendre  asexuée au point de n’être plus femme ?

    Pourquoi de fait,  toucher aux mécanismes primitifs  du cerveau et des hormones qui vous ont fait naître femme?  Pourquoi le jeu pervers de masquer ?

    L’auteur parle d’énigme. Le mystère reste total.

    Un jeu pervers ultra impératif puisque la malade impose son choix d’apparence inversée à la société qui l’observe. Mais Dracula n’explique pas tout…

    p 148 : l'auteur évoque   la "transgression" permanente non seulement entre vie et mort mais aussi humanité /animalité et les frontières si  floues...

    2-VIOL-EN-SOI 

     Le professeur de psychopathologie  ne situe pas tant la problématique dans un entre-deux des rives de la vie et de la mort (mort/vivant) Mais bien entre une problématique de violence ("viol-en-soi" voudrais-je écrire pour mieux exprimer!)"  la victime et la prédatrice prises dans une même individualité.  Lasthénie est bien Vampirella (p152)" Au bal des vampires,

    Victime et bourreau s'avèrent en définitif confondus, telle est la clef, suggère l'auteur ! (page 153)

     Oui, la malade est bien son propre auto-prédateur-permanent...inconscient.

     Elle exerce par le mental sa fascination morbide sur le champ d’expérimentation perso et facilement accessible dont elle dispose "gratuitement ": son propre corps qu'elle va martyriser sans limite!

    La frontière de l’enveloppe corporelle devient alors haïe par celle qui a déclaré une anorexie, car le champ de sa bataille se situe à  l'intérieur de sa propre peau.

    En parfait et terrible huis-clos. Intime. Silencieux. Exténuant.

    D’où probablement ces anorexies d’ado qui se déclarent précisément quand le corps se transforme justement  à cet âge.

     Très intéressant ce rapprochement par le  psychiatre entre « victime et prédatrice »

    Car les deux sont en fait   les deux faces du même sujet !!! La plaie est le couteau. Le couteau est la plaie. Réunir les deux : c’est exprimer une image unique de VIOL/ence.

     Autre remarque de type  psychanalytique: couteau et plaie représentent la  symbolique traumatique sanglante  de l’acte fondateur de la vie: l’acte sexuel. Ici vécu comme blessure. Blessure initiale du premier acte ?? Blessure initiatique…

    Réunir le masculin et le féminin revient  pour l’esprit malade à produire une image uniciste, reconstruite de corps mêlés en "un seul" indéfinissablement masculino-féminin.

    Pouvant  se transformer du masculin au féminin et vice versa!

    On comprend alors que à la fois la logorrhée et  la couleur rouge participent à  la  mise en scène du morbide sous les deux aspects.

    La femme malade se comporte comme "prédatée/prédateur  sanguinaire "agresseur inconscient  d'… elle-même ! (ou inversement prédaté masculin par prédateur féminin suivant  le cas : pourquoi pas : l'anorexie est si complexe !!!? )

    3-JANUS PATHOLOGIQUE EN UN  HUIS-CLOS ANGOISSANT

    L’anorexie mentale  maladie très grave induit une anxiété maximale. Non limitée dans le temps en plus.

    L’image la plus proche pour signifier le niveau d’angoisse généré serait probablement celle de la victime placée dans le cas suivant:  deux personnes sont  enfermées dans une cellule de prison sans contact avec l’extérieur. L’une des deux est prédatrice avec un couteau et veut tuer. L’autre: une   victime strictement sans défense, sans arme, seule, sans recours , sans REGARD externe. Sanspossibilité de fuir, l'espace étant clos.Elle  développe alors une angoisse maximale, existentielle.

    Un  face à face morbide sans témoin...Une peur réellement in-humaine : une souffrance au delà (en deça?)  du...normal.

    Le  rapport au Verbe de la femme anorexique semble lui aussi  pathologique. 

    Car, observe Alain Abelhauser, plus son corps se décharne, plus la nourriture devient obsessionnelle. Et plus elle en parle !

    En effet, elle ne parle plus que de nourriture, de son obsession à ne pas devenir grosse, à ne pas prendre un seul  gramme. Elle met en scène face aux Autres son incapacité à avaler (ou alors fait semblant et recrache) Ou alors elle passe à la phase boulimique.

    Tout comme le rhinocéros de Ionesco  grossit et envahit l’espace de vie, cette  logorrhée  monomaniaque envahit son parler alors que dans le même temps le corps se déconstruit. Fuite du psychisme par la bouche. Bouche dévolue entre autre à ...manger.

    Ceci explique peut-être  cette incroyable comptabilité tenue au gramme près? La personne prisonnière de son anorexie mentale  abriterait « dans sa peau » un combat à la fois mortifère et vital. Un (une ?)  prédateur veut tuer (un) une «  prédatée »

    4.AU GRAMME PRES: LA COMPTABILITE MORTIFERE SYMBOLIQUE DE L'ANOREXIE MENTALE

    L’angoisse engendrée est si violente que la malade doit peser, soupeser en permanence la terrible comptabilité du combat en cours  : 50/50 est un équilibre instable  car pathologique.

    Or, un gramme de plus avalé et c’est un point donné !! Mais à quel camp interne ???? Celui prédateur ou prédaté ???Problème carrément existentiel !

    Question que je pose: voire même peut-être dans sa comptabilité morbide du 50/50, ne cherche-t-elle pas en permanence à mesurer sa part de masculin par rapport au féminin ? Alors que la malade semble dans l'incapacité de ledistinguer ! Angoisse maximale.

    Fausse balance de cette fausse Justice maladive du 50/50...

    Or  problème, le sang repris du côté victime ne se loge pas du côté bourreau !!!Il disparait tout comme globablement le corps fond. Probablement dans la plus grande incompréhension/jouissance inconsciente de celle qui victorieusement s'inflige cette blessure interne d'une... indécente visibilité?

    5-OU PART SYMBOLIQUEMENT  LE SANG ROUGE ET CHAUD ? QUESTIONNEMENT CRUCIAL 

    La notion de "point d'équilibre morbide" est certainement à creuser...Dans sa dualité, l'anorexique parle de nourriture d'autant plus qu'elle s'en prive, expose la couleur rouge  (le cas cité) d'autant plus que l'hémoglobine se réduit.

    Tout tourne autour d'un axe central....Les chiffres  semblent si importants dans cette maladie. Comme pour s'auto-convaincre, affaiblie, qu'elle a une prise, un contrôle sur elle-même alors qu'elle ne gère que les conséquences. Si elle les gère...

    L' hospitalisée évoquée plus haut par Alain Abelhauser tenait impérativement  sa ...comptabilité médicale (température etc.) Qu'elle modifiait à sa guise. "Démasquée", elle a préféré ne plus être soignée. Tellement l'accès par un tiers observateur de sa comptabilité réelle interne était  gravissime pour elle.

    Car-question ?- le vrai livre de sa comptabilité interne allait-il  démasquer le prédateur qui agit en elle?

    Lourd secret inconscient qu'elle ne doit jamais dévoiler  mais toujours exposer ?

    Cette tenue minutieuse de comptabilité corporelle semble en tous cas extrêmement caractéristique de cette maladie.

     Le psychanalyste Abelhauser pose dans cet ouvrage  le diagnostic de l ’anorexie mentale avec un descriptif. Même si on n’a pas encore à ce jour bien   pris la mesure de  tous les mécanismes de ce Janus pathologique si compliqué…

     « Il est un mal étrange que jusqu’à ces dernières années du moins  bien peu connaissaient. Seuls quelques hématologistes y avaient été confrontés et de rares lettrés qui avaient croisé sa description romancée en savaient l’existence p 13 »

    Ignorance désormais passée: Alain Abelhauser donne à lire cette excellente synthèse sur le sujet, un pavé dense, analytique  (dont les syndromes associés : le syndrome de Meadow, de Münchhausen, de Lasthénie de Ferjol etc..)

    Pour mieux comprendre ce mécanisme féminin totalement maladif  à se transformer sous les yeux de la société en  une «Fantomatique Irréelle, en danger de s’automutiler car en prédation d’elle même. Auteur d'une comptabilité pathologique .

    Par ailleurs et en même temps étant  terrible victime en huis-clos sans témoin d'un combat qui fait rage à l'intérieur de sa peau. Avec une non réponse existentielle pour la malade: à  savoir où est passé symboliquement le sang disparu? Quelle est la part interne du masculino/féminin : 50/50 ? 

    Pour un résultat ultra visible aux yeux des Autres: un corps décharné. 

    Comprendre pour soigner.

    Pour  mieux la faire Ré-entrer dans la communauté. Après celle des « mortes-vivantes », celle des vivantes enfin libérées de combats internes épuisants.

    Une chose est certaine:  l’absolue nécessité pour la malade de se faire aider médicalement.

                                                                                                        Sylvie Neidinger

    Mal de femme. La perversion au féminin. Alain Abelhauser. Seuil Mars 2013

    ISBN 978.2.02.109296.7

    IMPORTANT .

    1 Suivi de Note de la blogueuse:

    Un peu inquiète d'avoir "poussé les hypothèses" de l'auteur au delà d'une classique critique d"ouvrage, j'ai envoyé l'article à Alain Abelhauser et reçu  son avis  :

    "Merci beaucoup Madame, pour cette note de lecture et votre intérêt pour mon travail. Son écho dans les milieux non directement spécialisés est encore modeste (alors que j'ai vraiment essayé de l'écrire pour qu'il puisse être reçu par un public aussi large que possible), ce qui me rend d'autant plus sensible vos commentaires, l'accentuation que vous faites de certains points (le bourreau et la victime, par exemple) et, de façon plus générale, la compréhension de ses enjeux dont vous faites preuve.Merci donc de votre intérêt. J'espère évidemment qu'il en suscitera d'autres. Ce pourquoi des réactions (et des rédactions) comme la vôtre sont très précieuses."        

    2 M Abelhauser signale ici  que son ouvrage rédigé pour dépasser les publics spécialisés n'a pas encore atteint le grand public. Il est vrai qu'il a fait un choix de spécialiste à la fois dans le titre " la perversion au féminin" pouvant être mal compris comme "femme perverse" au lieu de femme malade. Le choix de la première de couverture avec une reproduction d'Egon Schiele (Jeune fille accroupie tête baissée) nue et décharnée est anti-commercial et grand public. Des choix courageux car ils reflètent bien le sens du contenu?



    Crédit images: couverture de l'ouvrage, scan .


  • Le turbulent destin de Jacob Oberlin

    Imprimer

    L'ouvrage, rédigé en allemand, avait reçu le Prix du livre Suisse en 2011,obertin seuil 001.jpg

    sous le titre "Jacob beschliesst zu lieben".

    Mars 2013: il vient de sortir, en langue française.

    Très Mitteleuropa, le roman décrit sous forme littéraire une histoire de migration familiale.

    Au coeur du  XIXème siècle, les ancêtres du narrateur Jacob Oberlin quittent la Lorraine pour le Banat.

    Une épopée chez les germanophones de Roumanie.

    florescu 001.jpg

    L'auteur Catalin Dorian Florescu, né à Timisoara en 1967 devient citoyen suisse.


    Il exerce aujourd'hui  comme psychothérapeute.

    L'écriture du livre est alerte, humoristique.

    Tout commence par un terrible orage. Normal "le diable se cache de Dieu. Plus il a peur, plus il soulève la terre et les airs avec force."

    L'orage est aussi familial avec ce père qui surgit en 1924 . Et qui avait largement pactisé  avec le diable!

    Le premier mort ne s'était pas fait attendre.

    Peut-être était-ce l'effet du schnaps ?"Ca brûle dehors mais son cerveau nage"... dans la célèbre boisson.

    Jakob, son village de Triebswetter où les cloches sonnent à la voléee tout  au long  du récit: truculent!

    Mais sous la plaisanterie sourde une angoisse existentielle. On croise marchand de chevaux et voleurs d'or. Les camps de concentration aussi.

    Retour menteur de déportation. C'était pas vrai. Le coquin de fils de Jakob  en profite avec un tout petit remord, tout de même. On le couvre de cadeaux, de nourriture, en mémoire de ceux qui ne reviendront jamais.

    "La peur de rester éternellement un étranger chez soi (p351) était reliée par une autre peur, celle de n'être qu'un étranger dans un lieu dont on ne savait même pas correctement prononcer le nom.

    "Certains pour s'occuper commencent à déterrer leurs morts.  Johanna justement avec sa boîte..."

                                                                                                           Sylvie Neidinger

    Le turbulent destin de Jacob Oberlin par Catalin Dorian Florescu . Editions du Seuil. Collection Prohelvetia. Isbn 9782021064629

     Complément :

    Le Banat, région germanophone de Roumanie

     

     

     

     
  • ADONIS, le nobelisable syrien publie son « kitâb II »

    Imprimer

    Le Seuil publie en ce  mois de janvier un gros pavé. Du lourd, du solide, même si ce représentant majeur des Lettres arabes contemporaines  n’est pas connu du grand public.

    Un kilo d’une épopée poétique,  la parole d’un vivant pour restituer celle des morts ou des mondes disparus. Et vice versa ?

    Ali Ahmad Saïd Esber, né le 1er janvier 1930 à Qassabine sur la côte syrienne mérite bien son pseudonyme lié à ce Dieu canano-phénicien  de la renaissance annuelle.adonis 001 (2).jpg

     Adonis, aujourd'hui  titulaire de la nationalité libanaise,  est récipiendaire de multiples prix littéraires dont le célèbre Prix Goethe de poésie  en 2011 comme dernier lauréat.

    Qu’il ne soit pas très connu importe peu...

    Lors de la proclamation du prix Nobel de  1985 accordé au français  Claude Simon, peu de gens  avaient même soupçon de l’existence de cet auteur.

    Souvenir personnel de rédactions parisiennes stupéfaites, carrément vexées car prises au piège de l'ignorance...Les  véritables intelligences d'écrivains majeurs  ne perdent pas leur  temps sur les plateaux télé, ni à entretenir le cirque médiatique !

    L'ouvrage d'Adonis, Al-kitâb II se présente comme un manuscrit retrouvé du poète Al-Mutanabbî (915-965)

    Excellente préface du recueil par  Houria Abdelouahed « dans ce second volume devant les atrocités cauchemardesques qui pétrifient jusqu’aux rêves et capacités langagières, le narrateur demande de poursuivre seul le chemin vers la gehénne du natal(…) La matière langagière et linguistique  se  décompose, se dilue, se sépare, se délie pour devenir lieux et  villes »

    Le retour au natal chez Adonis diffère, selon la préfacière,  de celui d’Hölderlin chez qui le   « heimkunft »  serait marqué par  la rencontre avec le familier.  Chez Adonis tout reste étrange.

    Pulsion d’exhumer et de dire la vérité sur l’Age d’or des Arabes : une épopée a-théologique:

    Ecoutons les vers :

    « Comment ne pas répondre à la question

    Laissant les vaisseaux de la nuit

    Naviguer sous le soleil  d’Antioche

    Adieu, adieu Antioche ?

    Serait-elle ma seconde naissance ? » page 25

    ADONIS CRITIQUE

    Patientant dans l’antichambre du Nobel en excellente position en 2011, l’auteur   semble désormais  moins attractif à Stockholm. (Lui même certainement s'en moque, au dessus de cette mêlée. Mais un  Prix  est aussi accordé à la culture portée qu'il valorise. Ici : la littérature arabe)

    La cause ? Avoir clairement pris position contre la rébellion de son pays  soutenue par l’occident.

     Les opposants le fustigent. L'intellectuel a persisté et signé. Il n’apprécie peu  ce « printemps arabe » piloté par les anciens colonisateurs. Il est  contre l’idéologie islamiste étant LAIC .adonis 2.GIF

     Adonis  est contre le fait que les femmes se voilent. Tout simpement.

    Rappel : il s’est, tout de même,  choisi comme pseudonyme le nom d’un Dieu néo-lithique. Son ouvrage évoque l'a-théologisme...

    Effectivement, Ali Esber n’est pas du tout  en accointance idéologique avec cette évolution religieuse intégriste de la Syrie. Il récuse directement l'idéologie islamiste Lire l'Orient le jour.

    Imaginer une seconde qu’il le fût  tient du délire.

     Qui comptait récupérer, contrôler, ordonner  l’âme immense et immensément libre du Poète, "ruh' cha'her" ???

    Qui a contrôlé les vers sublimes du Perse Omar Khayyam (1048-1131) en son temps, même ceux dédiés à l’alcool et aux femmes, ou à  « son ivresse de dieu »ou son  « infidélité croyante » ?

    Qui peut aujourd'hui donner un ordre à l’intellectuel Adonis ou le dénigrer ? Qui ?

    Qui ose?

    Au nom de quel droit ? De quelle loi ?

    C’est comme vouloir enfermer tout le mythique Mont Sapon, ses tempêtes,  Ugarit  et ses Baals antiques dans une chaussure.

    Ridicule.

    Sylvie Neidinger

     

    ADONIS Le Livre II(al - Kitâb) Editions du Seuil Janvier 2013 ISBN 978.2.02.109330

    Série Surya sur blog TDG "neidinger" : Adonis N°8

  • Prix Femina pour Peste & Choléra

    Imprimer

    Actu chaude: l'ouvrage de Patrick Deville Peste & Choléra, sujet de mon dernier billet vient de recevoir le Prix Femina !

    L'oeuvre scientifique du médecin vaudois, Alexandre Yersin"trouveur " du bacille de la peste va enfin sortir de l'oubli. Les femmes  du Prix ont compris combien il fallait redonner vie "médiatique" à un de ces hommes dont les bonnes idées ont conduit à sauver des vies humaines.

    peste&choléra,prix femina,alexandre yersin,institut pasteur patrick deville,seuil

    Sylvie Neidinger

     

    Patrick Deville Peste et Choléra Editions du Seuil août 2012.

    Isbn 978.2.02.107720.9

     

    Philippe Deville reçoit le prix Femina (Figaro)

    Prix Femina lire

     

    peste&choléra,prix femina,alexandre yersin,institut pasteur patrick deville,seuil

  • Yersin, le médecin vaudois moins connu que la peste

    Imprimer

    alexandre yersone,institut pasteur,morges,vaudois,peste,choléra,seuil,isbn 9782021077209Le vaudois  Alexandre Yersin, membre de la première équipe de l’Institut Pasteur, fondé en 1887, n’a pas marqué les esprits, ni en Suisse ni en France...

    Patrick Deville publie en cette rentrée littéraire Peste & Choléra pour palier ce manque de visibilité.

    L’auteur est en mission. Il a bénéficié d’une résidence d’écriture  en relation avec l’Institut Pasteur  et la librairie La Cédille.

    Pour autant, les vaudois n’ont pas à se flageller d’avoir oublié le scientifique Yersin né au bord du lac, à Morges.

    Même la description consacrée  à sa  jeunesse suisse se limite  à...trois pages sur les 220 que comporte le livre!!

    A l'image de la vie du médecin qui ne se révèlera ni en Confédération ni dans l'Hexagone.

    Agé à peine de sa vingtaine d'années, il  part étudier à Marburg en Allemagne Puis  consacre toute sa carrière  à ....l’Indochine .

    Il aura toutefois découvert, entre temps,  le bacille de la peste à Hong Kong en 1894.

    Yersin  est toujours fêté en Asie et appartient à la mémoire collective  de Nha Trang, cette petite ville tranquille où il fit aussi  pousser de l'hévéa.

    Ses notes sont toujours visibles au Musée de Nha Trang .

    A savoir, sa collection d’insectes ( entomologie, sa passion de jeunesse ) est  déposée   au Musée de Genève.

    Patrick Deville commet une  biographie romancée à l’écriture si tranchée que l’ouvrage fait plutôt penser à un synopsis…de film. Un  projet à venir ? En relation avec  l'Institut ?

     

    Sylvie Neidinger

     

    Peste & Choléra de Patrick Deville Seuil. ISBN 978-2-02-107720-9

    Institut Pasteur

    Musée de Nha Trang/ Musée de Genève

     

    Complément au 19 janvier 2013 : lire la note de blogre blog rédigé  par un descendant de Yersin , Monsieur Philipe Beguin qui évoque de souvenirs familiaux Note

    alexandre yersin,institut pasteur,morges,vaudois,peste,choléra,seuil,isbn 9782021077209

    BLOG NEIDINGER RUBRIQUE #SANTE

     

  • Enfants misés: le Conseil Fédéral interpellé par un...roman! Le Chemin sauvage du fribourgeois Jean-François Haas

    Imprimer

    jf haas chemin 001.jpg

    SN : Bonjour Jean- François Haas. Vous sortez ce mois-ci Le chemin sauvage.« Lo cammino silvestro » de Dante décrit un enfer. Celui de milliers d'enfants suisses ? Au travers d'un fait divers fictif, un crime, vous faites ressortir des limbes de la mémoire collective helvète l'affaire des enfants misés légalement enlevés pour être placés...

    JF Haas : Ce n'était pas mon projet initial. Ce qui m'est arrivé d'abord, c'est un enfant en moi qui voulait raconter son histoire et qui m'a pris par la main. Il m'entraînait dans mes souvenirs : des jeux d'enfant, des amitiés, des deuils, des fêtes, la pêche, l'école. Et je ne pouvais pas, dans mes souvenirs d'enfant, ne pas penser aux enfants de l'orphelinat qui se trouvait dans mon village. De là s'est imposée à moi cette petite fille dont le narrateur tombe amoureux comme on peut être amoureux à douze ans. En même temps, j'avais en mémoire la mise des enfants, au sujet de laquelle j'avais lu un article il y a plusieurs années, un fait qui m'avait choqué, et c'est peu dire. Et puis, j'ai connu des personnes qui n'avaient pas été misées, puisque cette mise avait été abolie, mais qui, enfants, avaient été enlevées à leurs parents (pour des motifs comme l'alcoolisme, la pauvreté, le fait que la mère était célibataire) et placées dans des familles où on les exploitait.

    SN: En 2007, vous entrez directement dans la cour des grands en  publiant à 55 ans au Seuil « Dans la gueule de la baleine  guerre » immédiatement salué par la critique. Ce premier ouvrage reçoit le Prix Michel Dentan. Avec « J'ai avancé comme la nuit vient »(2010) puis l'actuel « Le chemin sauvage »  trois romans majeurs sortent en 5 ans : quelle force créatrice !  Qui, que  pousse un professeur actif, exerçant à Fribourg,  à suivre au cœur de sa cinquantaine son impérieux et significatif besoin d'écriture ? Fallait-il  « accumuler »  du vécu pour commencer à forger son destin d'écrivain notable de la littérature romande voire francophone ?

    JFH : Aucune envie de devenir un écrivain notable. Depuis mon enfance, j'ai toujours été habité par une sorte de nécessité d'écrire. Aujourd'hui, mes textes sont lus. Je pourrais demain ne plus être publié, je continuerais d'écrire. Bien sûr, je suis heureux que l'on s'intéresse à mes livres. Mais ils ont pris maintenant leur vie propre et devraient pouvoir se passer de moi.

    SN : L'Histoire  apparaît comme le personnage majeur de vos romans. Vous êtes d'ailleurs historien de formation. Au fond n'avez -vous pas plaisir à vous lover comme un poisson «  dans la  gueule de la baleine guerre » par votre écriture ? Comme pour mieux combattre courageusement en face à face  la mort injuste, la mort collective avec l'arme de votre plume ? N'êtes vous pas en fait un hyper- pacifiste ?

    JFH : Pacifiste, certainement. Mais plus largement, je suis citoyen. D'un Etat, bien sûr. Mais du monde aussi. Etre homme, c'est être citoyen. Je me sens responsable, dans mes limites, de tout ce qui arrive aux hommes. Nous sommes dans un immense chantier et j'essaie d'y tenir ma place. Si mes livres interpellent quelques personnes, tant mieux. Mais je ne voudrais surtout pas donner de leçons : nous croulons sous les experts et surtout les autoproclamés experts. En Suisse, l'expert sur l'Islam pour l'UDC, un certain Freysinger qui fait le joli coeur auprès de Marine Le Pen, avait axé une partie de sa propagande dans sa lutte contre les minarets sur l'excision. Comme si l'excision faisait partie de l'enseignement de l'Islam. Alors les experts !!! Je me contente de m'interroger et de partager mes interrogations.

    SN : Vous faites œuvre de création romancée avec vos personnages fictifs mis en bouche par une écriture inventive. On tourne avec délices vos pages juste pour le bonheur de rencontrer des expressions si personnelles, si imaginatives de notre langue française partagée.

    Pour autant votre ouvrage est aussi un document qui s'insère dans de solides  perspectives mémorielles donc politiques. Joseph Yerly,  témoin des mises, est cité en postface. Vous interpellez directement les responsables  helvètes. Je vous cite, page 327 : « la mise a existé jusque dans les années 30 et s'est pratiquée hors la loi dans les années suivantes (...) des enfants ont été par milliers légalement enlevés à leurs parents par les autorités pour être placés dans des orphelinats (...) ou des fermes où ils étaient obligés de travailler, battus parfois abusés. Les autorités suisses n'ont pas jugé nécessaire jusqu'ici de créer une commission de recherche à ce sujet. Toutefois en août 2011, le Conseil Fédéral a tout de même fini par admettre qu'il pourrait présenter des excuses à ces enfants. Ce qui jusqu'à ce jour n'a pas encore été fait... »

     

    D'ailleurs, on  lit  dans votre roman  la trame d'une fiction sociale. Pensez-vous qu'un cinéaste s'en emparera pour mettre en scène ces misés oubliés?

    JFH : Un film vient d'être réalisé en Suisse alémanique sur les enfants placés et une version sous-titrée ou doublée en français devrait sortir prochainement. Une exposition circule depuis plusieurs années en Suisse sous le titre « Enfances volées ». Il y a dans ce domaine une prise de conscience, plus forte en Suisse alémanique qu'en Suisse romande. Les Editions d'En-Bas ont publié un recueil de témoignages : Enfants placés, enfances perdues. Cette lecture est une descente aux enfers, et je n'emploie pas ces mots pour phraser ; si j'avais eu ces témoignages en main au moment où j'ai commencé à écrire Le Chemin sauvage, je me serais peut-être arrêté, tant mon texte est en-deçà de ce que ces enfants ont vécu.

    En ce qui concerne mon roman, bien sûr, on pourrait en tirer un film. Je ne sais franchement pas si je le souhaite vraiment. C'est une histoire d'enfance, un film peut-il faire ce que font les mots ?

    Propos receuillis par Sylvie Neidinger

     

    A lire :

    « Le chemin sauvage » Jean François Haas.2012. Editions du Seuil Isbn : 978.2.02.106124.6  web

    « Enfants  placés, enfances perdues » 2009. Editions d'En-bas Lausanne.Isbn : 978-2-8290-3767.9 

    article : "Enfances suisses perdues: le livre document" web

     

    Mots clés : Jean François Haas, Le chemin sauvage, Seuil, enfants misés,enfants placés , Conseil Fédéral, UDC, Freysinger, Le Pen

     

    Série N°3 #BlogNeidinger Suisse: enfants misés

    1- Enfants misés le Conseil Fédéral interpellé par un ....roman! Le Chemin Sauvage du Fribourgeois Jean François Haas 7/03/2012

    2-Enfances suisses perdues aux Edition d'en bas  10/03/2012

    3 L'enfance volée maintenant le film de Markus Imboden 20/04/2012

    4 L'enfance suisse volée sur arte ce soir et en replay 5/09/2014

    rubrique a lire.png