11/05/2018

GTE en erreur: attention, les ancêtres des genevois sont aussi.. gaulois!!

Le Groupement Transfrontalier Européen fait parler de lui actuellement.

A propos de Décathlon et du recrutement par l'association pour ses nouveaux magasins suisses. Affaire soulevée  par le Temps et TDG. Rétropédalage du GTE qui confirme ne pas être  une agence de placement.

En allant visiter le site web, je soulève un autre lièvre en détectant une erreur factuelle  autour d'un article publié dans la rubrique #LaChroniqueDuFrontalier sur le journal Dauphiné Libéré à l'origine. Elle peut sembler banale et dérisoire. Elle ne l'est pas.

https://www.frontalier.org/emploi-suisse/1122851/les-peti...

Rédigé par Jean-François Besson, Secrétaire général du GTE, et publié sur le Dauphiné Libéré.

Je ne me positionne pas ici sur le fond  de l'article à savoir  le thème  de la scolarisation des enfants suisses frontaliers vivant en France. Mais sur la forme.

Laquelle forme révèle un arrière fond rédactionnel pour le moins problématique.

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                                                                                  ***

Le titre et la conclusion sont erronés factuellement :

Titre: "Les petits genevois vont découvrir [en France ndlr] qu'ils ont des ancêtres gaulois"

Conclusion:"Si rien ne change, les petits Genevois, habitant en France, pourraient donc bien apprendre une nouvelle histoire commençant pas : nos ancêtres les Gaulois !"

Le rédacteur n'est pas journaliste mais  Secrétaire Général du GTE. Il  intervient dans le journal DL au titre de spécialiste, titulaire d'une rubrique spécialisée.

(Les médias accueillent de temps en temps des non-journalistes nommés alors  experts: autre débat sur l'évolution de la presse)

Comment  le Dauphiné Libéré a-t-il laissé passer sans correction ce titre et cette conclusion ? Les journaux possèdent pourtant des services de relecture dits "secrétariats de rédactions"!

                                           IDENTITAIRE !

Analyse :

Ce titre est un jeu de mot "facile". L'humour et  le jeu de mot peuvent être de mise dans un titre, dans un article mais à la condition absolue de la  véracité.

1) Ici la globalisation du titre  "les petits genevois" est exagérée. L'article évoque seulement  les enfants genevois  vivant....en France. Au final, ce n'est pas le même nombre;

2) "Nos ancêtres les gaulois" est une antienne idéologiquement marquée issue des livres d'histoire  liés à la période coloniale. Il y a bien longtemps que coté France,  l'Education Nationale n'applique plus le terme global "d'ancêtres"  lié aux gaulois, au regard des populations  françaises ayant des origines extra territoriales.  Remettre en scène ici un avatar pédagogique lié à l'histoire coloniale, démodé, n'est pas une tournure heureuse.

3) Les petits genevois venant habiter en France seraient supposés dans l'article venir en France et dès lors y  apprendre une histoire donnée comme différente et inconnue d'eux (!) à propos des gaulois supposés en plus  ne pas être leurs ancêtres. Généralisation exagérée. Les enfants apprennent par l'école et par d'autres voies, fort heureusement pour eux.

4) Le rédacteur démontre une  méconnaissance de l'Histoire à imaginer que les  "gaulois" puissent être confondus avec les actuels "français"et en opposition aux suisses genevois  supposés ici non gaulois au point de facto que leur frontière s'arrête à... Annemasse/Ambilly ! C'est une vision autocentrée, ethno-centriste de l'Histoire.

 5) Jules César dans sa Guerre des Gaules:  « Ceux que nous nommons Gaulois dans notre langue, se nomment Celtes dans la leur. »

6) Genève est un oppidum celte donc gaulois.

7) L'article démontre ici une lacune culturelle du rédacteur.  La Suisse est bien gauloise. La civilisation celte, gauloise  est même brillamment représentée  par la Tène (Neuchâtel)  qui a marqué l'Histoire au point de représenter scientifiquement la période dite laténienne. 

8) Les helvètes entre autres peuples celtes sont bien des gaulois.

9)Le rédacteur ni journaliste ni historien représente toutefois la direction du  Groupement. Il a communiqué par un article sur une actualité politique franco-suisse en évoquant probablement l'Histoire de façon erronée. Certes, sans le faire avec mauvaise intention, on le conçoit.

10) De la pire façon. Mettre en scène  maladroitement ainsi le passé, avec globalisation, voire  erreur, de surcroît autour de la notion de frontière (coeur de cible de l'association... frontalière) est très proche du mécanisme des discours populistes nauséabonds  entendus au bord du lac.

Ceux justement  que le GTE combat avec virulence !

11) On est dès lors proche d'un discours identitaire.

12) Le contenu de l'article du GTE n'est pas neutre contrairement à ce qui est écrit. Il cite  un homme... politique, le maire de St Ju, Antoine Vielliard. Lequel  aujourd'hui prend la défense des frontaliers mais après avoir sur sa commune cherché impérativement à les recenser spécifiquement et parlant d'eux en termes peu flatteurs.. .

Lequel avait aussi commis en 2014 un discours sur l'identité genevoise, là aussi, sur un média, la RTS, que ce #blogneidinger avait repéré. L'homme politique recherchait alors  des "genevois pur sucre" dans un questionnement généalogique improbable.

Conclusion...

Ce n'était certes pas l'intention du GTE (association fort utile qui aide,  informe sur les complexités transfrontalières, qui agit en défense du droit des frontaliers) que d'entrer dans ces méandres identitaires.

 Attention à la légèreté du propos écrit, à l'amateurisme. L'expression publique de cette association représente les dizaines de milliers d'adhérents. 

On a l'envie de dire autour de cette affaire : à chacun son métier. On ne s'improvise pas journaliste.  La déontologie de cette profession réclame normalement de vérifier toutes les infos, de ne pas titrer ou conclure en exagération même si le bon jeu de mots fait aussi partie de la bonne écriture.

Toute Communication dans les médias et réseaux sociaux, ces caisses de résonance modernes  réclame maîtrise et professionnalisme.

Il est juste dangereux de convoquer l'Histoire dans l'écriture sans avoir absolument tout vérifié.

De grâce, éviter  l'invocation de  l'Histoire,  des gaulois  et autres arguments, en illustration de   la -suffisamment- difficile problématique transfrontalière genevoise... contemporaine !

 

 

                                                                              Sylvie Neidinger

 

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 Arte présente  actuellement trois documentaires fort intéressants sur les Celtes/Gaulois dont la Gaule suisse:  la Tène. https://www.arte.tv/fr/videos/058362-002-A/les-celtes-2-3/

 

 

 

Rubriques Journalisme, Genève Histoire , Saute-Frontière

16/03/2018

Dérive RH sur Genève: question de Röstigraben ou...autres explications?

Les cas cités dans la série intitulée Ma petite boîte genevoise RH 2.0" soulignent des situations hors normes : le chef qui vient au travail avec son chien lequel mord les pantalons d'employés, lesquels sont priés d'en rire... par exemple.

Elles ont toutefois  la particularité d'être toutes issues d'entreprises ayant leur siège social outre Sarine. Hasard ou particularisme local?

C'est connu, la Suisse de langue allemande domine l'économie du pays et notamment celle de la Suisse romande. De facto les services RH sont éloignés, laissant les acteurs en poste à Genève en grande autonomie. Quelquefois trop grande...

Dans une vision dialectique,  la situation peut être ...positive, par  la confiance accordée aux acteurs de terrain.

Mais lorsqu'un piranha est installé dans le bocal genevois comme chef de service, cette autonomie peut virer au carnage.

Les articles du #blogneidinger évoquent des actions totalement surréalistes: sobriquets,  chef -lui même plus qu'exigeant - qui  exerce .... un second job en douce sur son lieu de travail, mépris affiché au niveau des identités (le chef de service qui dit ouvertement et sans frein, sur le lieu de  travail ne pas aimer ni les vaudois, ni les français, ni d'autres.. Il s'aime beaucoup lui-même c'est certain.)

                          COMME EN ZONE DE NON DROIT

Des situations inhabituelles clairement  classées en zone de "non droit". Qui mettent à mal tout  consensus sur un lieu de travail.

Serait-ce l'effet d'un"Röstigraben des ressources humaines", cette frontière culturelle qui pourrait se définir ainsi vu de Zürich ou Bâle ?

Genre: " finalement, on ne vous comprend pas toujours en suisse romande. On nomme justement un chef de service qui parle allemand pour servir d'interface. Alors ne nous embêtez surtout pas avec vos petites histoires locales."

 Dans les cas cités, les salariés délaissés ont effectivement obtenu peu de soutien lorsqu'ils ont (tout de même...) alerté les RH du Groupe basées en zone germanophone.

Bien au contraire ceux qui eurent  le courage d'alerter n'en ont pas été récompensés car stigmatisés plus encore. C'est bien connu. Dans l'antiquité on tuait celui qui annonçait la mauvaise nouvelle....

Idem aujourd'hui, malheur à celui qui casse le merveilleux consensus suisse en rapportant des faits pas très audibles.

                               AMBIANCE GENERALE DELETERE

Genève est elle la seule impactée ? Que penser ?

Une autre analyse doit ici  se plaquer. Celle d'une ambiance actuelle totalement délétère en général dans le pays, déboussolé.

Les insultes fusent très facilement dans le débat public. 

Alors la protection des salariés dans ce contexte n'est qu'un élément d'une situation générale de dégradation des diverses prises de parole.

Les vannes semblent lâchées.

Concernant les seuls frontaliers, le GTE groupement qui les soutient juridiquement  informe que rarement la situation n'a été si tendue depuis  50 ans.

Toutefois le populisme en arrière fond ne concerne pas uniquement cette catégorie particulière transfrontière  particulièrement visée  au tableau de chasse genevois.

Les vannes semblent lâchées, en vrai

Et cela dépasse largement la frontière imaginaire du Röstigraben...

 

                                                                Sylvie Neidinger

 

(Blog Série n°15)

Ma petite boîte genevoise RH 2.0"

Dérive RH sur Genève: question de Röstigraben ou...autres explications?

Le chef de service, son fils et les mots doux

Quand le chef de service exerce en cachette un second job

Quand le chien du chef mord les pantalons d'employés

Suisse à l'heure des RH de Grand-mère Eugénie

LES RH suisses, le licenciement "guillotine" et l’entreprise… «guillotineuse»

                             RUBRIQUE RH

 

23/02/2018

Le chef de service, son fils et les mots doux...

 "Ma petite boîte genevoise RH 2.0" est une nouvelle chronique d'anecdotes REELLES recueillies en entreprise à Genève.

Chronique inscrite au sein de la rubrique RH du blog. Entreprises non citées.

 Quand certains évoquent les ressources humaines 2.0, on a la surprise de constater ici en Suisse, en 2018  des pratiques gratinées d'un autre âge.

...C'est ici l'histoire d'un chef de service qui, ayant des problèmes de nourrice visiblement menait régulièrement son jeune enfant carrément à son boulot un jour par semaine.

Surprise pour tout le monde sur place d'autant que ce responsable est  d'une exigence extrême avec les autres. Surtout hiérarchiquement inférieurs.

Il se permet lui, tout et n'importe quoi en revanche. Sa hiérarchie étant  non informée, évidemment.

Les employés ne caftent pas à la direction au dessus, un peu lointaine (suisse alémanique)

 La venue de l'enfant se passe sur place dans la gentillesse évidemment.

Mais l'histoire ne s'arrête pas là.

Anecdote. Le petit bonhomme qui est présenté aux salariés écorche le nom de l'un d'entre eux. Ce qui a donné un sobriquet assez insultant. Rire général. Rire du salarié en question. Un peu jaune tout de même.

La bonne humeur règne toutefois. Rire gras surtout  du père de la  progéniture, le dit  chef de service.

L'anecdote banale serait déjà oubliée de tous.

Sauf que le responsable va dès lors continuer  à  nommer ce salarié par le sobriquet en question et devant tout le monde. C'est tellement spirituel...

On entre ici dans une phase qui peut alors  se nommer "insulte  à employé devant témoins". La nature du problème s'épaissit.

L'employé  va attendre trop longtemps... plusieurs semaines avant de remettre en place son responsable précisément sur ce point de la manière insultante avec laquelle il s'adresse à lui.

 

                      LES VANNES SONT LACHEES

En tout état de cause, à Genève, les vannes de l'insulte semblent être lâchées.

Sur le ton de la plaisanterie,  ce même chef de service, après avoir cessé le fameux sobriquet lié à son fils, continue à animer les conversations de couloirs et de machines à café puis celles des  réunions formelles de travail en se jouant des identités, thème ô combien sensible. Sans filet.

Toujours sur le ton de la semi plaisanterie, il annonce tout de go "j'aime pas les vaudois", "j'aime pas les français"'j'aime pas les frontaliers" "j'aime pas..."x et y.

(il s'aime beaucoup lui...)

A peine aime-t-il les genevois. Il n'est pas genevois d'origine.

Ses parents viennent d'ailleurs et paradoxalement, l'individu passe son temps à jouer des identités du personnel qu'il a sous sa coupe.

 

   QUAND LES VALEURS PRONEES PAR L'ENTREPRISE NE SONT PAS SES VALEURS REELLES

 

La direction cette fois a eu vent de ces paroles là. Et, surprise...n'en a rien dit!

En Suisse, on n'aime pas celui qui organise une certaine rupture de consensus.

Ici,  selon la hiérarchie, celui qui aurait   organisé la rupture de consensus n'est pas du tout.... le chef de service qui insulte les identités des employés mais bien le ou les salariés qui ont rapporté les paroles d'exclusion !...

Le monde tourne à l'envers au bord du lac.

A Genève, un chef de service peut donc  agir ainsi  sans retour de bâton....Cela se passe ainsi dans le meilleur des mondes.

Dans une entreprise   qui prône évidemment toutes les valeurs de tolérance et de respect mutuel.... comme il se doit.

L'hypocrisie, le différentiel  de la confrontation entre les valeurs morales respectées par cette entreprise   et son attitude réelle vis à vis du réel vécu est aussi importante que le débit du Rhône au Pont de la Machine.

                                                    Sylvie Neidinger

 

(Blog Série n°15)

Ma petite boîte genevoise RH 2.0"

Dérive RH sur Genève: question de Röstigraben ou...autres explications?

Le chef de service, son fils et les mots doux

Quand le chef de service exerce en cachette un second job

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Suisse à l'heure des RH de Grand-mère Eugénie

LES RH suisses, le licenciement "guillotine" et l’entreprise… «guillotineuse»

                             RUBRIQUE RH

24/03/2014

Carrières Internationales du Grand Genève en bonnes rencontres

 Divonne-les-Bains (le 19 mars) et Archamps  le lendemain ( au Centre nommé "Porte Sud de Genève") accueillaient la semaine dernière des rencontres transfrontalières.P1120761.JPG

Autour de l’emploi salarié mais aussi de  la création d’entreprise. Destination suisse.

Organisées sous forme de colloque par Pôle Emploi Pôle Mobilités Internationales (en liaison avec les agences de St Ju et Divonne) les deux journées ont réuni des centaines de personnes autour de dizaines de conférences de grande qualité.

Des intervenants de toutes spécialisations pour un  public  venu  s’informer des réalités helvétiques, de Vaud et de Genève.

P1120762.JPGIl ne s’agissait pas d’une mise en contact directe avec les entreprises. Mais en quelque sorte d’infos très pointues, basées sur le réel de cette frontière.

Car au-delà ne fonctionne pas comme en-deça !

Une info, en amont des projets de vie individuels, entrepreneuriaux ou  salariés:  des conseils précis lesquels furent nombreux (des dizaines de thématiques) variés, pertinents.

  Ces réunions double –nationales étaient fort intéressantes à observer dans le contexte  post-votation anti-immigration du 9 février…

Quelle tendance allait-elle se dégager: plutôt morose ou  esprit prospectif  ? Se morfondre ou regarder les lignes de crêtes?

 En fait, de ces rencontres se dégageait un véritable flux d’énergies !

Les suisses qui se sont déplacés ne venaient pas  pour faire simple bonne figure.

La dynamique d’une région économiquement active qui a besoin de toutes ses compétences de quelque bord de la frontière que ce soit, était sensible.

On ne pourra citer tous les professionnels...

grand geneve,carrières internationales,divonne,archamps Bien évidemment, les grands acteurs du secteur franco-suisse étaient à leur poste: Romain Duriez de la CFSCI (Chambre France-Suisse pour le Commerce International) et ses recommandations pour réussir son projet entrepreneurial (à propos leur logo intégré est très intéressant !) également  la Cité des métiers de Genève, le GTE, la CCI d'Annecy…


                           RESEAUTER ET ENCORE RESEAUTER!


Ces deux journées furent en fait,  du réseautage à grande échelle !

Avocats, conseils pour des thématiques variées.

Un exemple: comment devenir...socialement désirable.

De la réflexion sur l'image personnelle  numérique avec  l’usage des réseaux sociaux pour le "personnal branding"par Marie Marthe Joly (expression-coaching.com) à Divonne. Idem  par Alain Chalouhi à Archamps représentant la Swiss Entrepreneur Association...

Aux remarques pertinentes sur l'image de soi renvoyée, les dress-codes, avec  Myriam Hoffmann (Première Impression) 

Les  présentations juridiques de la législation du travail par  Maître Rousselle-Ruffieux du cabinet genevois BCCC spécialisé en droit des affaires etc. Chacun puisait suivant ses besoins !

grand geneve,carrières internationales,divonne,archampsRudolf Klaus (rkls.ch) sur ce thème « réussir en Suisse : la bonne attitude » distilla de  précieuses remarques. Ce spécialiste du réseautage productif n’a pas hésité à transmettre son  vécu de suisse alémanique qui ne parlant pas un seul mot  français avait choisi de vivre en zone lémanique.grand geneve,carrières internationales,divonne,archamps

Ce coach expérimenté n’hésita pas- en toute franchise, sans langue de bois- à dénoncer le résultat de la votation du 9 février  "mauvaise pour l’économie", selon lui. (c'est direct, à son image)

Comme un pays qui scie la branche sur laquelle il est assis: cf, son illustration de Frits Ahlefeldt projetée à l’écran !

 En fait à Divonne et Archamps, on a senti la branche des contacts professionnels  franco-suisses …plutôt solide !

                                                             Sylvie Neidinger


 crédits images/Photos Neidinger +capture d'écran (logo CFSCI)

07/08/2013

Recruteurs suisses: les français soit-disant "arrogants et paresseux"

 Le  conducteur décédé dans le terrible accident de train survenu récemment au nord de Lausanne était un  français de 24 ans. Ni arrogant, ni paresseux.

Décédé au travail par la faute d'un autre qui ne s'est pas plié à la signalisation.

Cette nouvelle téléscope le buzz "franco-suisse"  du week-end précédent  autour des non-recrutements spécifiques des hexagonaux par les agences hèlvétiques pour les motifs de paresse et d'arrogance. Info parue dans le Matin Dimanche du 28 juillet sous la plume de Marie Maurisse.

Cette nouvelle a tenu le haut du pavé, largement reprise dans la presse hexagonale. Mais telle qu'elle, non commentée.

France un peu surprise de cette image rendue de la part d'un pays voisin que, à vrai dire, elle met très peu, elle-même, à la une de son actualité habituellement. Si ce n'est par cliché pour franco-suissestigmatiser  l'éternel "paradis fiscal" et le chocolat...

Mine de rien cette info est extrêmement révélatrice si on prend le temps de l'étudier.

Commençons à différencier trois niveaux de réception: national, politicien, local. Ce pour chacun des deux  pays et avec une dualité  détectée: la nuance entre la symbolique et le réel:

*1) Côté Suisse :

Suisse/échelon national:la Confédération  entretient une politique d'immigration sélective, malgré les accords de libre -échange. Sans souci. Vu son niveau de vie très élevé, toute l'Europe voire plus loin encore, se précipite pour y travailler. On a même parlé de...londoniens frontaliers.

Suisse/échelon politicien:

a) le message symbolique politicien: des partis de droite extrême et d'extrême droite font leur gras -comme beaucoup en Europe aujourd'hui- sur le traitement de l'étranger, du français en particulier puisque les deux pays partagent une large  frontière.

Jusqu'au très officiel Office Cantonal de l'Emploi (OCE) qui en avait tiré une caricature présentant le français baptisé "Robert" comme prototype du paresseux. Aucune réaction  politique officielle française à l'époque. Sinon chez les frontaliers, premiers concernés et leur Groupement associatif (GTE)

Caricature assumée politiquement puisqu'elle n'a pas été retirée. Isabel Rochat, conseillère d'Etat l'assume en signalant que c'est le "fraudeur" qui est visé dans la video et non le "français". Sauf que la lecture induit que le  fraudeur est systématiquement français. Et induit la logique du "français fraudeur". Jamais les autres...Dont les suisses qui vivent en France sans se signaler aux autorités.

Dans l'affaire du train, celui qui n' a pas respecté la signalisation à l'origine de l'accident n'était pas français. On parle ici de "défaillance humaine"...

Restons logiques. Aller stigmatiser un ensemble sur la base d'un cas exemplaire pris pour représenter une certaine nationalité n'a pas de sens. Cela correspond parfaitement à la définition de "nationalisme" -Mais attention pas ici à celle de  racisme - car ces débats portent bien sur les nationalités et non sur  les races.

Caricaturer l'ensemble des frontaliers autour des 120 "roberts" signalés est bien réducteur.

Il s'agit de toutes façons d'un ...message politique. Les partis populistes l'entendent ainsi. Le parti d'extrême droite MCG a par exemple  pris pour cible nominativement Michel Charrat, président du Groupement qui a porté plainte, dans le cadre d'une campagne électorale d'affichage du printemps dernier.

Trouver comme cible une population étrangère  n'est d'ailleurs pas une spécialité suisse. La France est un maître dans le genre. La crise économique générale explique ces poussées de populisme.

Suisse/échelon local:

a) Suisse /local : message symbolique.

Cela fait bien longtemps (deux ans?) que le rétrécissement  du marché du travail suisse se pose spécifiquement autour des "français". Ce débat local  peut être suivi régulièrement  dans les discours des politiciens MCG, UDC et autres partis, sur les  Blogs Tribune de Genève. A savoir  "à compétences égales choisir un suisse " devient en 2013 "même à compétences inégales choisir un suisse".

De fait, choisir un suisse en Suisse semble  logique tout de même.

RECRUTEMENT: LE NON DIT

Remarque : chacun est tout de même  encore libre de s'organiser dans son pays et la Suisse de choisir qui elle veut en réalité.

De quelle manière  contourner la loi européenne sur le libre échange ? Tout simple.

Dans le bureau du recruteur: retirer des prétendants de nationalité française sans ouvrir les dossiers de candidature.

Il se dit  que cela se pratique aussi du côté de la fonction publique de l'Etat de Genève. Désormais, les agences privées de recrutement l'ont très officiellement signalé.

Ne pas croire toutefois que la volonté de travailler en Suisse soit immuable pour les hexagonaux. Il semble depuis deux ans également  que les  hôpitaux de Annemasse et de  Saint-Ju ne vivent plus un turn-over infernal d'infirmières qui traversent la frontière au moindre recrutement helvète. Elles se stabilisent localement et beaucoup ne veulent plus du tout travailler de l'autre côté. Les discours  entendus sont fermes : pas question. Le travail est bien un marché basé sur la loi de l'offre et de la demande !

A propos du volet  "paresse ", on est bien dans une phraséologie  à vocation ultra politique de message public.

Le réel, le terrain est bien différent :

b) Suisse/local: le réel.

LES SUISSES NE SONT PAS MASOS !!!

Ce pays libéral qui permet des licenciements soudains, dans la journée aurait déjà renvoyé  les milliers de travailleurs frontaliers s'ils étaient vraiment les  fainéants qu'une certaine  Suisse politicienne se plait à bouc-émissairiser. IIs ne seraient plus en poste, évidemment.

Dans la vraie vie. Pas dans la symbolique politicienne, qui les présente comme des éternels ...Roberts.

Si les français  sont en poste, c'est bien qu'ils assument leurs tâches !  La Suisse bonne samaritaine ne va tout de même pas jusqu'à entretenir une armée fantôme de travailleurs arrogants et paresseux, non? Que ce soit à Bâle, Genève ou Lausanne...

Voire même dans la vraie vie -pas celle fantasmée- de certaines entreprises, certains  employés suisses  quittent quelquefois  leur boulot pile à l'heure horlogère. Pas une minute de plus. Alors que les autres collègues-  de toutes autres nationalités d'ailleurs -assurent le suivi du client retardataire, du surplus de travail.  Ces retours du terrain réel existent. Il est plus intelligent ici, de ne pas porter de jugement hâtif autour des nationalités. Idem, certains suisses choisissent de manger leur sandwich sorti du sac  quand les collègues français dépensent le resto. Contrairement à la caricature inverse généralement rapportée. Il s'agit bien de  comportements individuels. Point barre.

 Or, les recruteurs qui ont fait la Une de  Matin Dimanche ont bien raisonné "nationalités". Ils signalent par exemple que dans le BTP, on préfère les portuguais et espagnols aux français. Problème: cette info date.... d'un demi-siècle !!!!!!! Depuis les années 60, le BTP embauche nombreux  portuguais et espagnols que ce soit en Suisse ou en France.

Remarque: on trouve peu de suisses dans les travaux pénibles du BTP et de la restauration. Peu de français dans le BTP. Doit-on en conclure qu'ils sont paresseux? Non évidemment. Cela tiendrait d'un jugement hâtif, là encore.

 Une chose est certaine sur le terrain: la Finance suisse se ferme aux français.

Jusqu'alors ils y étaient relativement bien vus. La France produit effectivement des matheux et des informaticiens de l'ingéniérie financière de très haut vol. Combien de traders français à Londres ou New-York ....

La donne a changé.

L'article du Matin Dimanche repris par les nombreux médias en explique les raisons :"
"Le journal prend en exemple un poste proposé sur l'Internet dans une banque genevoise pour un collaborateur dont la mission consiste notamment à ouvrir et fermer des comptes de clients. "Les patrons craignent d'engager des Falciani ou des Condamin-Gerbier en puissance", fait valoir le journal. Pierre Condamin-Gerbier est un ancien collaborateur de la banque Reyl & Cie qui est actuellement en prison à Berne pour son témoignage dans l'affaire Cahuzac. Des critiques similaires avaient également refait surface en 2009 lorsqu'Hervé Falciani, un ancien informaticien de la banque HSBC en Suisse, avait vendu un fichier volé comportant une liste d'évadés fiscaux."

Et de citer deux noms au coeur des faits divers: Falciani et Condamin-Gerbier.

Ces deux individus ont fermé la porte de leurs compatriotes à la carrière bancaire.

Les Suisses ne sont pas masos. Pourquoi embaucheraient-ils ceux qui vont voler des listings au profit d'un tiers ??? La confiance est entâmée.

Et cette fois, il faut porter l'analyse de l'autre côté de la frontière :

*2.Côté France

France/échelon national

a) France /national: message symbolique. La  France "des Lumières" adore qu'on la regarde plutôt qu'elle même ne regarde ses voisins. Le monde entier doit connaitre la date du 14 juillet. Peu  d'hexagonaux sont capables de citer les dates de fêtes nationales helvètes. On frise la caricature avec la Suisse vue comme  pays du bon chocolat. Du dépôt bancaire. Du chalet de montagne.

 Tout comme sa voisine, la France est par tradition une contrée d'immigration. Au XIXème siècle, l'immigré est intérieur: un breton, corrézien ou savoyard qui monte à Paris.

Immigrés désormais mondialisés avec lesquels elle n'est pas tendre du tout, non plus...

Un exemple daté des années 1990 à  propos de l'"importation" de médecins étrangers. L'administration avait inventé  le concept de FFI: " faisant fonction d'interne" Des médecins totalement diplômés dans leur pays,  ultra employés à faire des heures dans les hôpitaux publics. Mais sous payés car n'étant statutairement que des "faisant fonction de" des erzatz, quoi. Plusieurs ont finalement quitté la France à force d'attendre un vrai statut. Certains ont fait de belles carrières aux...USA.

b) France/ national: le réel. Les français   apprennent avec surprise par le Matin que des compatriotes peuvent  aussi  être les ..immigrés d'un autre ![ Une mauvaise langue a suggéré que ce retour  remet quelques egos en place !]

Cette information du Matin les inquiète (d'où sa diffusion dans toute la presse hexagonale)  car elle les renvoie aux problèmes structurels d'une économie en berne, un chômage massif. L'image donnée par les suisses des "français revendicatifs et arrogants" les ramène  à  une économie chancelante. Eux de se poser pour eux mêmes -et pas tant pour ce que les suisse peuvent penser en réalité!- la question des congés, des   RTT, des  grèves (ex:dockers de Marseille) de la civilisation du loisir, des retraites à 55 ans pour certaines catégories  (ex: cheminots  etc...)

 France/échelon local. 

a) France/local: symbolique. Tous les expatriés en Helvétie seraient arrogants et fainéants ??Non. La généralisation est évidemment abusive et populiste.

b) France/local: le réel. Deux cas nets sont  à distinguer. Entre ceux qui travaillent déjà en Suisse et ceux qui comptent le faire et candidatent.

Rappel: l'article du Matin est basé sur l'opinion d'un cabinet de recrutement précisément.

-Oui les français qui sont déjà en interaction professionnelle avec la Suisse la connaissent, l'apprécient, en respectent  les codes, les us. Ils n'importent pas leur fonctionnement "français" et se plient aux usages de leurs employeurs locaux, avec qui les relations sont souvent excellentes. Très peu sont  concernés par l'esprit de revendication. Ils sont   ponctuels. Cela concerne des milliers d'individus. Bien évidemment des cas de revendications prud'hommales existent par les employés français ou autres ....comme dans toute démocratie. Il s'agit alors de mise en oeuvre du droit du travail (identique pour tous suisses et non suisses) et non du code des nationalités.

 -L'opinion du cabinet se base, elle,  sur ceux qui ne sont pas intégrés et se présentent. Exemple : à Genève, un responsable d'agence de recrutement me disait récemment que les jeunes ingénieurs français sont impossibles et "les parisiens encore pires que les autres" ! selon lui  : ils arrivent avec leur préjugés hexagonaux sur leur propre valeur, leurs prétentions,  car sortant de telle école très côtée et avec tel classement. Le recruteur lui veut savoir ce qu'ils peuvent  apporter et comment ils pourraient se caler dans le moule suisse. D'où effectivement ces jugements  intempestifs "d'arrogance"?

France/échelon politique

a) France/politique: le réel

Etienne Blanc, le député de la 3ème circonscription de l'Ain, basé à Divonne-les-bains est un véritable député frontalier. A Paris, il ne cesse d'évoquer tous les contacts  positifs entre Suisse et France. A tel point que ses confrères l'ont raillé d'être si ...suissophile !!!( rapporté par lui dans la presse)franco-suisse,suisse-bashing,grand geneve,etienne blanc,gte,oce

Il est tout simplement comme tous ceux de la zone frontalière, ceux  du Grand Genève,en lien bien compris avec le pays voisin devenu partenaire sur bien des projets. Partenaire: cela se respecte !

Echanges trans-frontaliers de tous ordres: dont celui des  travailleurs, entre autres. Cela ne date pas d'aujourd'hui . Combien de panneaux ou de raisons sociales avec la terminologie " franco-suisse"?

 b) France/politique : le symbolique

A ce stade de l'analyse, on touche du doigt la nature des relations avec la Suisse telles que vues de Paris: de la quantité négligeable?

 Eveline Widmer-Schlumpf avait attendu un certain temps avant d'être reçue par l'actuel Président. L'ancien Sarkozy n'était pas plus pressé pour s'exposer avec tout ce qui de près ou de loin touche à la Confédération. 

Question d'image !! En effet s'afficher avec ces riches de suisses et leur système bancaire, cela vous plombe une communication politique , semble-t-il..Cela fait mauvais genre, n'est-ce pas ??

Aujourd'hui les relations s'enveniment carrément  Lire aujourd'hui : Widmer-Sclumpf face à Moscovici : le conflit Suisse-France se complique

 A ce stade, on ne comprend plus rien. Le Qatar non francophone a été accepté comme membre de la francophonie par la France qui elle depuis quelques années joue la danse du ventre devant le richissime émirat jusqu'à lui offrir une fiscalité spécifique avantageuse.

Les politiciens à Paris ( Gouvernement, Assemblée, Sénat) vilipendent  sans complexe  la Suisse francophone, ce voisin de longue amitié ancestrale. Ce"vieux couple" (cf mon article infra)

Pays avec certes son système bancaire qui hérisse le poil de plusieurs autres nations.

Mais aussi Suisse qui  permet des importations bénéfiques pour le PIB français: la manne salariale des milliers de frontaliers qui ont le courage de s'engager professionnellement en  territoire étranger dans des situations de précarité structurelle (possibilité de licenciement rapide et salaire qui dépend d'un taux de change qui varie chaque jour et peut chuter, sécu coûteuse)

La relation politique  franco-suisse est aujourd'hui  crispée. On parle même de ....conflit !!

Je ne comprends pas cette approche des politiciens basés à Paris. L'arrogance française se situe probablement ....à leur échelon ?

Ils ne sont pas d'extrême-droite seulement. Le suisse-bashing se pratique de tous bords de la gauche à la droite. C'est devenu carrément "politiquement correct "sur les bords de la Seine !

Alors que des milliers de français traversent chaque jour la frontière....

La Suisse semble s'en moquer. Elle  tourne son regard  vers les zones germanophones de l'Europe.

                                                                                                Sylvie Neidinger

 Articles du blog ayant déjà traité du sujet:

-caricature: les pendulaires frontaliers

-Le vieux couple franco-suisse