26/11/2018

Qu'est ce qu'une conférence gesticulée?

Par hasard, j'ai vu une affiche indiquant une "conférence gesticulée". 

Une terminologie assez inconnue et incongrue.

Au plan de l'étymologie, l'expression inclut une Conférence c'est à dire une prise de parole impérative à vocation didactique.

Et d'autre part du Geste. Mais quel geste? Il ne s'agit pas  d'une conférence à dimension gestuelle, que l'on imaginerait dès lors  artistique et liée à une forme d'expression corporelle. Aucune représentation théâtrale ici. Pas de symbolique de la représentation dans l'espace.

Le terme retenu n'est pas celui du geste mais de la Gesticulation

Pour présenter et non représenter.

Or dans son étymologie le terme de  gesticulation est péjoratif. Ici définition: CNRTL

Il correspond à de grands gestes désordonnées et un peu inutiles.

C'est assez curieux au final de rapprocher les deux termes  : une parole imposée par un ou une conférencier(e) accompagnée de grands gestes dans le vide.

Une gesticulante exprime sur un site ce qu'elle entend par conférence gesticulée :

"Une conférence gesticulée, c’est une forme scénique mélangeant du savoir froid sur un sujet, et notamment de la radicalité, les histoires de vie des conférenciers-gesticulants par rapport à ce sujet, de l’humour et de l’auto-dérision, et un atterrissage politique (ce qu’on peut faire pour agir sur ce sujet).

Cette approche par le récit (un conférencier explique, un gesticulant raconte) donne une force au sujet inégalé (...) Quelque chose est en train de naître… Un nouveau concept… Une nouvelle forme de lutte… Et si nous en doutions encore, la conférence gesticulée n’est pas un spectacle, non. Loin de là. (...) Elle est « éducation populaire spectaculaire ». Na.(...) Non, on est à l’intérieur d’un cerveau qui réfléchit, qui SE réfléchit humblement alors même qu’il est sur scène face à des gens (…)Alors qu’une pièce de théâtre a posé le cadre dès les 30 premières secondes, la conférence est susceptible de changer de cap à tous moments. Le conférencier va avouer un « trou », peut reconnaître sa fatigue, se râcler la gorge, tousser, marquer une pause, avoir une crise de fou rire, ou se laisser gagner par l’émotion…  Donc passons sur l’équilibre des « fils de scoubidou » ma vie/mon savoir/mon (?) politique. Ce qui fait sens et qui fait que j’ai la sensation de revivre quand je sors de 2 jours de conférences gesticulées, c’est d’assister au véritable partage d’un savoir entre gens qui ne sont pas experts de ce savoir."

Confs' gesticulées en France,  en Suisse  en Belgique.

A observer, ce format se développe uniquement dans les milieux radicaux qui ont un message politique militant  impératif à "conférencer". Qui sera forcément politisé. 

Le gesticulant lie souvent sa démarche  dite académique à la tenue d'un atelier d'éducation populaire à la suite, d'une demi-journée souvent.

Histoire d'éduquer en profondeur....De vérifier si le message politique a été reçu 5/5.

 La conf' mélange du savoir froid analytique et de la radicalité politique.

Celui ou celle qui prend la parole peut être maladroit, c'est accepté ! Il est certain que le sujet abordé est en lien avec l'expérience personnelle du locuteur.

A lire les programmes, l'action est souvent  à "objectif d' éducation des masses", souvent boudieusante. Déterministe au possible :  lutte pour secouer les rapports de domination innés n'est-ce-pas....

C'est sympathique et humain de voir un individu commettre en direct  son extinction de voix en s'évertuant durant deux heures, deux heures trente à gesticuler en parlant.

Ca dézingue fort ce type de spectacle politique ultra militant. Mais somme toutes la démarche est  démocratique. Une agit'prop' en version réflexion conviviale: bonne idée. Tout individu est libre ou non d'entrer dans la salle et toutes les idées peuvent s'exprimer (dans la limite de la légalité évidemment).

Un peu "gesticucul" tout de même la Conférence gesticulée pour éduquer les masses qui ont volontairement accordé un temps libre de leur cerveau à venir écouter.

 

                                               Sylvie Neidinger.

 

 

 

 

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