01/11/2018

Nadine Labaki: son film Capharnaüm interpelle par son allégorie de la violence

Quel Kafr Nahum ou Capharnaüm...Le troisième film de Nadine Labaki,  primé à Cannes en 2018 en standing ovation intéresse.Ici: la bande annonce.

Après l'avoir vu, mon analyse a changé du tout au tout. Négative au départ, totalement positif in fine. 

A) Phase négative: Dans la salle, une crispation face aux longueurs, l'absence de respiration,  la misère filmée de façon hypertrophiée, en accumulation, le langage incroyablement vulgaire des parents ici aussi en accumulation irréelle exagérée. 

Plusieurs critiques vont en ce sens: un film sentimentalo-pleurnichard, insupportable sirop, à l'humanisme exhibitionnisme.

 Misérables: le comparatif est fait avec la littérature du XIXème mais avec forte critique  sur cette façon esthétique, voire sa caméra en mode publicitaire : esthétique misérabiliste.

Les critiques légères  évoquent un gentillet  film de "bonne intention" , les pires insultent: un film dégueulasse dit un certain Xavier Leherpeur (Note de la blogueuse. Je  laisse exceptionnellement passer l'insulte au sens où le film lui même est donné dans ce registre d'une façon lourde)

 La conclusion a priori donnée par la réalisatrice en fin du film est  abominable du point de vue démocratique: que les pauvres ne fassent plus d'enfant !!

La scène du Tribunal pour le procès que l'enfant qui n'a pas de papier mène en reprochant à   ses parents de l'avoir fait vivre dans ce contexte va en ce sens.

Pas d'analyse politique ...directe non plus.

B) Phase d'interrogation. Constat  les libanais se précipitent en salle ! Ils ont largement vu le film. Ce qui est rare dans le contexte de crise. Beaucoup en parlent en positif. C'est une info importante. Le peuple dont Nadine Labaki filme les  oubliés des bas-fonds accueille "Capharnaüm". Cela donne obligatoirement à réfléchir !

C) Phase positive. Rappel. Nadine Labaki est une réalisatrice de fiction, pas un reporter de guerre ni photo-journaliste.

Dès lors, son acte créatif d'artiste est libre. Elle fait bien ce qu'elle veut. C'est filmé à hauteur de l'enfant. Les longueurs lorsqu'il se retrouve seul et avec le bébé? Et alors ? La vie au moyen-orient s'écoule lentement. C'est raccord. Le fait d'être sans plan de coupe, sans respiration fait en plus ressentir au spectateur le poids que doit supporter cet enfant. La longueur du temps pour lui avec un bébé dans les bras.

                           MAGISTRALE DENONCIATION EN.... CREUX

Capharnaüm n'est pas un film-sirop mais arak ! Il dénonce en creux. Certains ont bien vu dans le film un exemple de l'impuissance publique:"Quant au Liban, dont les pouvoirs politiques et l'impuissance publique sont clairement dénoncés par le film, on peut au moins se féliciter que le débat soit lancé. En guerre ou en crise depuis 1975, ce petit pays multi-communautaire a accueilli 1,5 million de réfugiés syriens depuis le déclenchement de la guerre civile chez son voisin. C'est un quart de la population totale du pays du Cèdre. Cela provoque d'importantes tensions humaines et sanitaires."

 En vrai le film dit  "sirupeux et bien gentil" met en scène:
-des parents violents dans leur réalité violente verbale et physique, Thénardier libanais dont les acte sont répréhensibles Zain et Cosette même combat
-l'esclavagisme de la famille de Zain par le logeur qui profite de leur situation : enfants qui doit travailler, fille de 11  ans "mariée"
-Le problème des mariages forcée d'enfants. La petite en meurt. 
Et le reste !
 
Des thème très difficiles et qui touchent aussi des pratiques plus fréquentes au Liban dans certaines communautés  ( cet ignoble  mariage d'une fille de 11 ans.....
 
Du coup, ce que filme Nadine Labaki est magistral. 
L'artiste décrit. Et c'est à nous spectateur d'en tirer les aspects politiques.
Liban pays issu d'une découpe de la période coloniale, au fonctionnement politique communautaire, en guerre sur sa frontière sud ayant plus que tous autres pays accueillis réfugiés palestiniens puis syriens dans une proportion démographique énorme. Réfugiés érythréens aussi : la jeune femme du film.
 
 Son film percute le réel : les deux acteurs principaux Zain et Rahil jouent leur rôle.
Dans la vie Zain al Refeea et Yordanos Shiferaw, le bébé aussi.
 
On comprend que sa conclusion "que les pauvres ne fassent plus d'enfants" est  une ironie absolue que certains critique bétas ont pris au pied de la lettre. Décrivant Labaki comme une femme, auteur  à l'eau de rose prise dans le pathos et le sentimentalisme.
 
Allez vous filmer de tels sujets au proche-orient dans un pays confessionnel entouré de guerre et en guerre avec son voisin du sud. !!!!
 Quel courage de Nadine Labaki. 
Capharnaüm a les longueurs de nouvelle vague. Une étonnante comparaison peut être faite entre Antoine Doinel des 400 coups de Truffaut et Zain. Ici  la nouvelle vague libanaise (... tout aussi ennuyeuse:les longueurs citées au début)  Mais avec chez elle un message politique en creux dans un film coup de poing.
 
 Une allégorie de la violence sous toutes ses formes, familiales, sociales, internationales, exploitation économique, exploitation des enfants, exploitation sexuelle, faim, drogue (le trafic de Tramadol) Violences qui se rencontrent au proche -orient pas souvent traitée par l'Etat mais par les communautés. Ou par personne. 
 
Le journal beyrouthin L'Orient le jour -qui a aimé- a  titré "Capharnaüm de Nadine Labaki ou juste le droit d'exister".
 
Tout est dit. Film 100% libanais côté financement.Une réussite. 1/4 d'heure de standing ovation à Cannes 2018 : mérité.
 
                                                     Sylvie Neidinger
 
 
"Acteurs....réels"

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10/06/2018

Le LIBAN voit rouge contre le HCR à propos des réfugiés syriens!

Désormais, le personnel du HCR Liban doit se réfugier à Genève....

Les autorités diplomatiques du pays ne décolèrent pas. Et refusent de délivrer tout visa à l'agence onusienne!

Elles portent une lourde accusation d'ingérence active du Comité de l'ONU pour empêcher les syriens de rentrer chez eux.

"Le divorce est consommé entre le Liban et les Nations unies. Jeudi 7 juin, le chef de la diplomatie libanaise Gebran Bassil avait été jusqu'à accuser le HCR d'« intimider » les réfugiés dans le but de les empêcher de rentrer chez eux."

Une enquête auprès des réfugiés de Ersal (Bekaa) mène le Liban à cette  ferme mise en cause  : "le HCR "sème la terreur dans les esprits [des réfugiés] en invoquant le service militaire obligatoire, le risque sécuritaire, la question de logement et la suspension des aides de l'ONU" en cas de retour en Syrie."

Terreur ? Diantre ! Les concernés onusiens ( dont la responsable Mireille Girard) s'en défendent évidemment...

1,5 million de syriens au Liban pour une population libanaise d'environ quatre millions.

Les réfugiés veulent quitter les camps, rentrer chez eux. C'est d'une logique extrême. Et l'agence de l'ONU s'en offusquerait? 

Du coup....plus de visas pour le HCR!

                                                                     Sylvie Neidinger

Synthèse sur l'Orient le Jour.

Trois jours après, la décision de Bassil est confirmée