16/12/2017

LES RH suisses, le licenciement "guillotine" et l’entreprise… « guillotineuse »

 La guillotine n’est pas du tout un instrument  culturel suisse. L’exemplaire historique que possède la maison Tavel (Genève) fut en usage au bout du lac lorsque la France installait un Département  du Léman à la période révolutionnaire.

Pour autant il est un domaine où la guillotine s’abat régulièrement sur les têtes en Suisse : le secteur professionnel !

 Ce que je nomme « guillotiner » c’est basiquement  le fait 1) de dire à un employé qui arrive le matin que d’une part il ne fait plus partie des employés, ce qui arrive... cela se nomme un licenciement !

...mais  en plus 2)  de lui demander de quitter les lieux  dans la journée, qu’il ait 10 20 ou 30 ans d’ancienneté.

Une méthode fort  cavalière ! Autre terminologie: la  "mise à pied". Ce vocabulaire est d'ailleurs issu de la cavalerie...quand il était demandé au cavalier de descendre du cheval. C'est à dire de vaquer aux tâches basiques.

Une expérience potentiellement traumatisante telle que décrite par une employée de Globus partie dans la journée « comme une voleuse » et ce après dénigrement -selon elle- "vous êtes nulle".

Cas rapporté, un employé  ayant subi un tel licenciement est aujourd'hui déclaré "disparu" par sa famille. Toutes les hypothèses sombres le concernant sont permises.

La méthode est potentiellement traumatisante.

 Toutefois certain choisissent  d'en rire. « Si une entreprise tombe si bas à employer ce genre de méthode injustifiée par rapport au dossier,  qu’est-ce que je faisais à bosser pour elle ? ». Pas une minute de plus pour cet employeur indélicat....

 

LE LICENCIEMENT PARTICIPE  AUSSI DE LA SOUPLESSE DU MARCHE DU TRAVAIL

 Sur le mode de licencier en général: dans tous les cas de figure l’annonce d’un licenciement n’est jamais agréable à entendre. Les médias suisses évoquent régulièrement des cas d’une inhumanité particulière, pas seulement dans le fait de licencier mais dans la procédure, par une mise en oeuvre problématique.

Toujours chez Globus : une employée mise à pied  déplore de l'avoir appris dans le couloir ….devant ses collègues.

Il y a plus fort. Dans certaines entreprises mal ficelées, tout le personnel peut même être  informé.... avant la personne concernée ! C’est une claire atteinte à la dignité. Une méthode sauvage, de pratique courante.

                      DROIT DU TRAVAIL SUISSE: FAIBLE RECOURS

Le marché du travail est comme son nom un ...marché. Donc une croisée de chemins entre une offre et une demande.

Sur le fond, il n’y a pas à remettre en cause le licenciement,  le parfait droit de l’entreprise. Il rend  le marché du travail hyper souple. Et la souplesse profite à tous.

 On débauche, on embauche facilement. L’employé peut lui aussi aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte !

Il y a bien un  droit du travail mais évidemment pas de droit obligatoire au travail.

 En Suisse,  le droit du travail   est relativement  peu développé au regard de l’hypertrophie du voisin  français (juste comparer le volume des textes juridiques) On peut même licencier à Genève  sur une argutie juridique légère et vague appliquée à toutes les sauces "la rupture du lien de confiance".

Attention. Le problème se pose  tout de même quand on se débarrasse si facilement au passage des employés  âgés.   Comme le cas récent ABB Sécheron.

Cette attitude  du jetable (quand âge mûr) n’est certes  pas propre à la Suisse. Le doux gag pour les individus de  s’entendre dire « à trente ans ne pas être assez expérimenté mais à 45 déjà trop vieux ! » est finalement international.

Toutefois, le fait de licencier facilement à la journée et pour motifs relativement futile semble hyper courant en Suisse.

 

LE LICENCIEMENT GUILLOTINE POUR HUMILIER HUMILIE AUSSI… L’ENTREPRISE QUI PROCEDE DE LA SORTE

 

Attention à l'effet boomerang facilement détectable en termes de communication : le mauvais retour d’image de l'employeur.

 Cette méthode qui consiste à   demander à un employé au matin de son arrivée de quitter les lieux immédiatement est une pratique sauvage.

A y réfléchir, l’employeur gagne-t-il à exercer cette violence interne publique (publique au sens « devant tous les employés ») ?

Probablement pas car son image sociale est en jeu !

On ne parle pas spécialement ici de l’image évidemment négative issue des éventuels articles de presse consécutifs type Globus ABB Sécheron   cités. Car tous les licenciements ne sont pas médiatisés.

On évoque ici les entreprises qui en catimini sans tambour ni trompette procèdent de la sorte.

Quand ce genre de demande de départ immédiat  se produit ( et pour un motif non lié à une « faute grave » sur laquelle le consensus ..moral est de mise et accepté par tous comme  pour un  vol par exemple)  la société qui procède ainsi se met dans de sales draps.

                                      EMPLOYES KLEENEX

Tous les autres salariés dès lors  face à ce qui est vraiment une "mise en scène couperet" de l’employeur se disent qu’ils peuvent eux aussi devenir un jour  cet employé kleenex littéralement jeté dans la journée.

Cela jette un froid.

Celui qui bosse à outrance  le week-end pour sa boîte, qui répond tard le soir à ses courriels depuis son domicile peut finalement réduire son activisme, sachant à quel point l’employé est une brindille jetable.

 Pour analyser l'image retenue et conclure,  quand il y a exécution, en Suisse, par  guillotine sur le lieu de travail, devant collègues:

-Il y a du sang : ici le malaise interne qui suit.

-Il y a des spectateurs : les salariés devant le spectacle de cette mise à mort immédiate.

-Il y a surtout un bourreau. Et l’entreprise de se coltiner malgré elle l’image de « guillotineur »....

 Son choix. En toute "souplesse" du droit du travail suisse.

                                                                                     Sylvie Neidinger

suisse,rh; licenciement guillotine,mise à pied

 

 

 

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