Hommage ce mardi à "Staro" le célèbre critique littéraire, psychiatre genevois récemment disparu

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Les étudiants littéraires francophones ont pratiquement tous rencontré les écrits du célèbre critique dans le cadre de leur formation !

Martin Rueff, écrivain,  titulaire de la chaire XVIIIème à l'Université de Genève confirmait le 8 mars dernier dans Libération l'importance majeure de celui  affectueusement nommé "Staro": "Parce qu’il a maintenu tout au long de sa longue activité la triple exigence de relier l’intelligible et le sensible, d’attester du passage des œuvres et de les soumettre au jugement de sa compétence critique, attentif au passé parce qu’inquiet du présent et soucieux du futur, Jean Starobinski aura été le plus grand critique littéraire de langue française au XXe siècle".

J'eus (ô privilège donné par Genève)  la magnifique occasion de  rencontrer pour la première fois  Jean Starobinsky au Palais Eynard en 2016.

A ma question de savoir comment il put gérer des études médicales et littéraires en même temps, il répondit -modeste -que la médecine était moins scientifique qu'aujourd'hui.

La MRL et la Société Jean-Jacques Rousseau organisent demain mardi 21 mai une projection de ses Grands entretiens (que l'on peut retrouver sur le site de la RTS) avec débat.

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L'intellectuel genevois -à qui pourtant Genève avait refusé la naturalisation !- nous a quittés il y a deux mois

 https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2019/03/06/jean-starobinski-historien-des-idees-est-mort_5432329_3382.html

https://www.la-croix.com/Culture/Jean-Starobinski-pensee-mouvement-2019-03-07-1201007093

https://www.franceculture.fr/emissions/lhumeur-du-matin-par-guillaume-erner/lhumeur-du-jour-par-guillaume-erner-du-jeudi-07-mars-2019

https://www.tdg.ch/culture/culture/Jean-Starobinski-avait-le-genie-de-l-interpretation/story/16716503

https://www.humanite.fr/disparition-jean-starobinski-un-bouquet-pour-les-lumieres-669024

https://www.rts.ch/info/culture/livres/10268880-deces-du-critique-litteraire-et-du-psychiatre-genevois-jean-starobinski.html

 

Biographie ( Isabelle Rüf RTS citation  ) : "Avec Jean Starobinski, c’est tout un pan de la critique littéraire au XXe siècle qui disparaît, l’école de Genève, celle qu’ont fondée Marcel Raymond, Albert Béguin, Georges Poulet.#mrl,jean-jacques rousseau,genève,jean starobinsky

Il les citait comme ses maîtres à chaque occasion et tenait à inscrire son travail dans leur continuité. Staro, comme les Genevois l’appelaient amicalement, était aussi une figure familière bien connue qu’on voyait longtemps bouquiner au marché aux Puces de Plainpalais.

Jean Starobinski est né dans cette ville, le 17 novembre 1920. Ses parents avaient quitté la Pologne où les lois antisémites leur interdisaient les études de médecine. Jean Starobinski a grandi dans un milieu cultivé, polyglotte, laïc, que fréquentaient musiciens et artistes. Il évoquait souvent avec bonheur la Maison des petits à Champel, basée sur les préceptes de "L’Emile", où l’on apprenait en chantant et en cultivant son carré de jardin.

Un amoureux de Jean-Jacques Rousseau

C’est peut-être là qu’est né son attachement pour Rousseau, conforté, au cours de ses études de lettres, par l’enseignement de Marcel Raymond. Il fera également des études de médecine, avec une spécialisation en psychiatrie, ce qui donnera à son approche des textes une dimension très large.

Explorateur de la mélancolie

Mais le critique a gardé une distance à son héros et s’est intéressé à tous les auteurs des Lumières, particulièrement Diderot. "L'Aufklärung reste le meilleur espoir de paix, de développement de l'homme qu'on puisse conserver. Il n’y a rien à larguer de cet héritage-là", dira-t-il encore.

Sa double formation scientifique et littéraire lui permet d’explorer le vaste champ de la mélancolie, pathologie sur laquelle il a beaucoup écrit. "Action et réaction, les aventures d’un couple" (1999) doit aussi à son regard de médecin, bien qu’il n’ait jamais pratiqué la clinique.

Hors des modes et référence mondiale

A partir de 1958, Jean Starobinski est nommé à l’Université de Genève. Son cours devient un événement mondain, comme celui de Marcel Raymond auquel il succède. Son enseignement marque plusieurs générations. Le critique reste à l’écart de toutes les modes et querelles idéologiques – structuralisme, marxisme, sémiologie, psychanalyse – tout en s’y intéressant de près. Il préconise une approche patiente, historique, des textes et des manuscrits.

En 1985, Jean Starobinski prend sa retraite, mais ce n’est que pour mieux se consacrer à ses travaux. Il est invité à donner des cours au Collège de France, à l’EPFZ, monte une exposition pour le Louvre, "Largesses". Il écrit sur l’art, sur l’opéra, sur la poésie. Il devient une référence mondiale, extrêmement sollicité, couvert de prix, invité à donner des conférences, des interviews, invitations auxquelles il cède au risque de s’éloigner de ses travaux en cours.

Genève lui avait refusé sa naturalisation

Jean Starobinski était d’une amabilité et d’une attention extrême, ouvert aux sollicitations. En 2005, il doit quitter l’appartement de la rue de Candolle, en face de l’Université, et réorganiser son immense bibliothèque, une épreuve pour ce savant déjà âgé. Ses archives sont confiées à la Bibliothèque Nationale à Berne.Mais Jean Starobinski garde toujours son attachement à Genève, qui lui a pourtant refusé la naturalisation, à lui et à sa famille, à la veille de la Deuxième Guerre mondiale. Il disait en riant que ce refus lui avait épargné le service militaire."

 Jean Starobinski a porté son regard neuf sur Jean-Jacques Rousseau, dépoussiérant ainsi l'image et les écrits de cet Autre citoyen de  Genève.

                                                                                                                   SN

 

 

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