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30/09/2014

Piano torture. Soumise à la violence d'un père

 La Démesure. Soumise à la violence d’un père...

 En cette rentrée surchargée, un  livre de femme intéresse particulièrement.

Pas un roman mais une plongée dans le réel sombre d’une vie martyrisée. céline raphael,piano,editions max milo

 Il date d’ailleurs puisque publié en janvier… 2013.

Le texte m’accompagne  depuis cette date.

Céline Raphaël a pris sa plume  pour livrer le témoignage poignant d’une maltraitance sévère si difficilement détectable car au sein d’un milieu aisé.

Existence mal démarrée sous la coupe (dé)réglée d’un géniteur devenu bourreau autour d’un apprentissage musical salé.

Quand la mise au piano devient mise au tombeau.

 Deux heures de gammes et d'entraînement  à deux ans, quatre à quatre ans puis sept par jour. Un rythme effroyable qui n’alerte personne car la rigueur et la discipline accompagnent tout apprentissage, n'est ce pas.....

Sauf que chez elle, une fausse note égale à un coup de ceinture . A quatre ans.

Le père, directeur, socialement valorisé l’enferme, la bat, la prive de nourriture au sein de la cellule familiale et surtout devant la totale inertie maternelle.

Huis clos terrible dans la dénommée "salle de..jeu" qui va jusqu'à la mettre  en danger de mort. Incompréhension d'une petite fille de 2,3,4,5,6,7,8,9..... ans. Et plus. Personne ne détecte rien pas même les enseignants.

Le plus grand dilemme pour tout enfant battu qui ne comprend pas le rejet étant de toujours aimer son parent contre vents et marées. "il faut que je retrouve l'amour de mon père. Il faut que mon père me refasse sourire. Il faut qu'il me pardonne. Je n'ai pas d'autre choix" En vain. Pardonner de quoi, d'ailleurs?

Piano comme prétexte  à  des violences morales et physiques, en complète perversion déviante. La peur s'installe.

"Les coups de ceinture, son rituel magique"dit-elle de lui..... Il indiquera plus tard devant les policiers, en déni , ne comprenant pas ses ennuis judiciaires "je fais toujours attention à ne pas lui faire mal (lorsqu'il la tape...) le problème, c'est qu'elle... marque très vite"(!!)

Une petite fille chosifiée dans les griffes de l’être aimé, le Père devenu prédateur de vie. Sa vie à elle lui appartenait à lui, volée.

Elle a combattu de toute son énergie en totale solitude interne.

 Il lui avait même confisqué jusqu’à sa parole. Parole dévalorisée  car lorsqu’elle est hospitalisée, personne ne la croit.  Le corps médical va alors jusqu'à penser  que cette petite fille doit se faire mal... elle-même.

Des parents si bien socialement donc si aimants, n’est-ce pas ? Ceux qui tapent leurs enfants, brave dame,  ne sont pas ces gens là si bien élevés. La petite fait son cinéma, n’est ce pas ?

Même les professeurs de piano n'ont rien vu.

Il fallut toute l’intelligence et la force de Céline Raphaël pour lutter contre les préjugés plaqués sur sa situation particulière. La position socialement élevée  de son milieu  fonctionnait même comme une épreuve supplémentaire.

Elle portait sa croix deux fois, en fait...

Quel combat. Quel épuisement.

Elle était  "l'objet de transition asservi" à la folle exigence de perfection de son père qu'aucune violence

La torture indicible de mourir d'angoisse tout en restant vivante ! A petit feu.

 La chose, la créature prodige  réussissait des concours internationaux de piano (à 8 ans, page 50)  entrait dans l’élite et dans le même temps, se délitait, se consumait.

Dans ses écrits libérateurs,  elle  porte une tendresse particulière pour une infirmière scolaire Mme Marion qui l’a cru. Certes au vu des blessures.

Au moins une adulte qui ne disait pas que Céline s' infligeait elle-même ses atteintes corporelles !

Le corps enseignant dans la foulée du signalement infirmier a soutenu ce drôle d’oiseau fatigué, maigre comme un clou, mal fagoté, mal coiffé,  hyper intelligent.

La prise en compte du réel fut tout de même  tardive. Elle  avait 14 ans et déjà quelques tonnes de souffrance derrière elle. Si on fait le   compte: déjà douze années de terrible huis-clos. Toute l'enfance . C'est très long.

QUAND LA PROTECTION SOCIALE A l’ENFANCE NE PROTEGE PAS L’ENFANT

Ensuite, elle passe entre les mains d'un autre système vicié: le placement en foyers.

Céline Raphaël porte  un avis très dur sur le système de  protection de l’enfance hexagonal (ASE, aide sociale à l'enfance )qui ne l’a pas protégée. Voire qui a aggravé.

En effet, l'ado  avait entre temps réussi à  dénoncer son père et fait l’objet d’un placement externe. Mais fut ensuite ballotée d’une structure  à l’autre, en dépit du bon sens.

 Des foyers soit éloignés de ses études lui occasionnant 9 h de transport par jour (ici : une souffrance…institutionnelle ) soit des foyers  tellement pathogènes (car  on y concentrait  des jeunes filles en graves difficultés)  avec des « éducatrices » très mal nommées, pas du tout à leur place, stigmatisantes parmi les plus stigmatisantes.

"Elle est brillante donc perverse, Céline n'est-ce-pas?. Elle manipule..." pensaient-elles. Comme si une décision de justice n'expliquait pas sa présence au foyer: monde à l'envers de mauvaises langues. Langues de fiel.

 Cette lycéenne à la tête si forte malgré son contexte de souffrances,  a  un jour jugé bon d'écrire  au... Tribunal pour…rentrer à son domicile tellement les foyers de l'enfance étaient " à côté de la plaque".

Le père maltraitant devenu moins dangereux pour sa vie qu’un « foyer socio-éducatif »  Institution à réformer, non?

"JE SUIS HEUREUSE J’AI DES SEQUELLES, LES DEUX SONT VRAIS"

L’exigence de discipline, elle a continué à se l’infliger mais pour la bonne cause et suivant ses désirs à elle, sa volonté et non celle d’un père maltraitant qui lui faisait manger sa nourriture comme un chien à même le  sol. Non erreur. Pas son alimentation: ses détritus.

Elle entame des études de médecine.

Elle réussit, en résilience. Mais pas sans séquelle. Elle avait dans son adolescence  développé une grave anorexie, fondant à 31 kg.

Par son livre, au ton étonnement juste, à la bonne distance, ni pleurnichard, ni revanchard, sensible mais pas dans le  sensationnel. Empli d'empathie et d'humanité légèrement distante. Toujours pleine d'humour, cette autre distance signe de belle vitalité.

Par ses études, par ses actions d’alerte des politiques, des médecins, elle milite pour que la parole de l’enfant soit mieux prise en compte.

                               FORTE, MEZZO-PIANO, PIANO, PIANISSIMO....

 Un jour, elle a repris contact avec son vieux compagnon de torture, le piano. C’était dans un hôpital où elle officiait comme soignante. Elle a enchanté son monde en caressant les touches d’ivoire blanches et noires.

Transformant le bois dur en magie des sons. Liberté sonore que personne ne peut désormais lui enlever.

Les notes volent désormais en l'air en toute légèreté de l'être.


Elle conclue : « personne ne ressort indemne de ces enfances là. Je suis heureuse et j’ai des séquelles. Les deux sont vrais »

On peut conclure:  Céline Raphaël a choisi comme normalité un métier terriblement prenant, difficile, tourné vers les souffrances d'autrui: celui de médecin.

Elle a rédigé un livre sur la maltraitance, milité.

Elle a donné de sa personne sur les plateaux télévisés. Elle continue son action politique dans des Commissions  (Sénat) .

 Elle peut désormais largement penser à …elle-même à  sa vie de famille. 

A se gâter et se faire plaisir.

A transformer l'exceptionnelle force interne qui l'a portée en normalité, piano piano...

  A jouer dans son intimité de belles sonates, pour son plaisir,  pour les siens. La porte peut se refermer.

 Son livre, édifiant, parle  désormais pour elle.


                                                      Sylvie Neidinger


LA DEMESURE: soumise à la violence d'un père. Editions Max Milo ISBN 978-2-315600379-2

Crédit images/ scanner de une de couverture du livre

article cité par TDG 

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