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22/09/2014

Gens de rien ou sans-dents: comment nommer la pauvreté?

L'expression "sans-dents" visuellement terrible pour signifier la pauvreté a récemment fait florès. A la Une de l'actualité. Elle a pu effectivement être exprimée par François Hollande dans le cadre privé de la plaisanterie avec son ancienne compagne ou d'autres. Cela fut confirmé hier dimanche 21 septembre  par Julien Dray, son ami.andré gueslin,gens de rien,sans-dents

andré gueslin,gens de rien,sans-dentsL'occasion ici de  rappeler plus sérieusement le travail universitaire de fond du grand spécialiste de la question : André Gueslin,  actuellement  professeur d'histoire sociale contemporaine à l'Université Paris VII. 

L'expression qu'il privilégie  lui, est "gens de rien".

Ou "gens d'ailleurs et de nulle part'.

Il a consacré plusieurs ouvrages à ce thème. Ce,  sur plusieurs périodes historiques: moyen-âge, XIXème , XXème. Avec des états descriptifs de la misère réelle et des analyses de la manière dont le pauvre est alors perçu par le corps social dans son ensemble.

L'édenté(e) dont le souffle de vie pèse peu aux yeux des autres fait peur à l'imaginaire social !

Le vagabond du XIXème physiquement repoussant n'est pas compris. Idem le précaire:"Répulsion et compassion sont les deux sentiments qui dominent la pensée sur les pauvres, qu'on les enferme dans des asiles, des hôpitaux ou des prisons ou bien qu'on les aide à domicile par l'intermédiaire d'œuvres caritatives de nature privée et souvent religieuse ou, au contraire, publique et laïque notamment à la fin du XIXe siècle"

Pour le XXème siècle, l'historien met en exergue les constantes et les évolutions dans son ouvrage publié chez Fayard. Présentation:
"Le progrès économique et social comme les thérapeutiques de lutte ont fait régresser certaines pathologies. La vieillesse et l’infirmité ne sont plus synonymes de chute automatique dans la trappe de la grande pauvreté. Le chômage est mieux indemnisé, et la perte de l’emploi n’implique plus une pauvreté quasi automatique.
Il faut cependant nuancer fortement le propos. Dans tous les pays où le chômage progresse, la France en premier lieu, la nécessité de secours augmente corrélativement. Le chômage fabrique bien de la misère et entraîne l’exclusion. La disparition des vieillards des routes du vagabondage a fait place à l’irruption de jeunes qui ne réussissent pas à s’intégrer. Le nombre de familles monoparentales économiquement fragiles augmente. Dans ses formes extrêmes, notamment avec la montée des sans-papiers, l’immigration suscite la pauvreté.
andré gueslin,gens de rien,fayard,misère,pauvre,sans-dentsOn le voit, ce monde comporte une multitude de catégories qu’il est difficile d’agréger sur les plans social et culturel. Dans une société où le travail reste une valeur centrale et le fondement du revenu, les mentalités sont-elles prêtes à tolérer cette masse de « gens de rien » perçus comme « inutiles au monde »

La bibliogaphie de cet universitaire est fournie sur le thème de la pauvreté: un auteur à découvrir !

Son interview radio.

IMAGES ET REACTIONS CLASSIQUEMENT   NEGATIVES FACE AU PAUVRE 

          Accordez -moi  l'originalité de mélanger ici  France, Suisse, éditeurs    sur ce thème en signalant le livre publié aux Editions d'en bas, Vaud. Lutter contre les pauvres: les politiques face à la pauvreté dans le canon de Vaud, ouvrage publié cette année  de Jean-Pierre Tabin et René Knüsel.

"Comment expliquer que la présence dans les rues de certaines villes de quelques dizaines de personnes qui mendient suscite autant de réactions négatives? D’où vient cette méfiance face à la mendicité? Pourquoi ce sujet est-il à l’agenda politique en Suisse et en Europe? Qui sont les personnes qui mendient à Lausanne? Comment vivent-elles?
andré gueslin,editions d'en  bas,jean-pierre tabin,rené knüsel,vaud,nommer la pauvreté,gens de rien,fayard,misère,pauvre,sans-dents   Ce livre cherche à répondre à ces questions en explorant tout d’abord l’histoire de la pauvreté, de la mendicité et du vagabondage dans nos sociétés. Avec la sécularisation de l’assistance sociale, depuis le Moyen-Âge, l’idée que les personnes qui demandent la charité n’ont pas leur place dans la société s’est progressivement installée. Les auteurs proposent ensuite une analyse de la construction du « problème » de la mendicité par les autorités législatives, judiciaires et administratives en Suisse, et plus particulièrement dans le canton de Vaud.
   Au regard d’un traitement médiatique souvent caricatural, l’ouvrage présente enfin les résultats d’une enquête de terrain à Lausanne fondée sur des entretiens avec des personnes en contact avec la mendicité et avec ceux et celles qui la pratiquent, ainsi que sur des observations systématiques. En conclusion, selon les auteurs, aucune politique adéquate ne sera possible sans impliquer les personnes qui mendient comme des partenaires et des êtres humains à part entière."

La lecture de la présentation de l'ouvrage par l'éditeur de Lausanne est intéressante car on constate les mêmes problématiques de réaction négative et de peur.

La pauvreté est un sujet tout autant socio- économique que HYPER POLITIQUE évidemment.

Un certain président  a effectivement toutes les craintes  sur sa "blague" et son impact social à long terme.  Car de ce type de  réalité, on ne rit jamais lorsqu'on est un gestionnaire professionnel du fait politique.

                                                                                  Sylvie Neidinger

 

 

Jean-Pierre Tabin :professeur à la Haute école de travail social et de la santé EESP Lausanne (HES·SO).

 René Knüsel:professeur à la Faculté des sciences sociales et politiques de l’Université de Lausanne.

 Claire Ansermet :collaboratrice de recherche à la Haute école de la santé Vaud (HESAV, HES·SO).

 

crédit images : copie web des Une des couvertures

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