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24/03/2013

Locale française délocalisée à Tunis, journalisme en question

Les voitures, cela se fabrique de plus en plus hors du pays consommateur, le textile idem. La facturation peut être générée au Mexique ou en Chine. Des services complets d'informatique  passent de l'Europe à l'Inde. La délocalisation est désormais  une variable du jeu économique.

Et cela continue dans des secteurs jusqu'alors non touchés...

Un article du blog Big Brother du Monde en  signale un nouveau type. La rédaction en Tunisie d'articles d'information...locale française. Inédit.

Certes, précision importante sur le statut. Le média en question n'appartient pas à la famille  de  la presse (avec numéro de commission paritaire) C'est une régie publicitaire qui habille d'infos ses petites annonces.

La fonction du rédactionnel étant dans ce cas non pas une  matière première mais un  pot de confiture. A savoir un  habillage pour attirer,  inciter le lecteur à se rendre sur le web pour lire les PA.

Avec comme producteurs en Tunisie, des salariés payés 300 euros par mois pour 10 à 15 articles par jour. Stakhanovisme.

Leurs sources? 

La PQR, les tv régionales,  "20 minutes", des  newsletters  institutionnelles, lettres de Conseils Généraux etc.

Pour ré-écrire une info de locale sur Lyon, Toulouse ou Bordeaux. Bientôt Caen, Nice et Paris.

Parasite, elle tire sa substance par reprise d'infos déjà parues chez d'autres. Ce qui n'est pas illégal.

Cela pose problème tout de même :

1-La régie publicitaire s'appuie sur le travail d'autres  médias qui eux, ont fait leur boulot basique à savoir RECHERCHER, VERIFIER LES INFORMATIONS.

2-Quid de la fraîcheur et de l'intérêt?

3-Faire travailler des Tunisiens  "comme des esclaves" dit l'article

Le plus surprenant est la promotion sans complexe  de cette délocalisation d'info locale sur le site web de l'Ambassade de France à Tunis !!!ambassade.GIF

Une brèche est ouverte.

La question va se poser quand les journaux de presse, écrits et/ou digitaux, vont eux aussi délocaliser.

Cela commence à se produire sous une autre forme : la mutualisation.

Comme le pratique Ebra . Ce  Groupe de presse propriété du Crédit Mutuel fait diffuser le même article    dans chacun de ses journaux de PQR: Dauphiné Libéré, DNA...

Economie de journalistes.

Photocopie de l'info très, très loin  de ce qui fait le coeur du métier, l'interêt du lecteur/auditeur: la recherche de données  neuves, de terrain et originales.

L'INFO-PHOTOCOPIE

Acrimed, l'Observatoire critique des médias évoque cette mutualisation.

Qui est victime de ces économies industrielles en marche ? Certes, celui qui recoit l'info-photocopie.

Mais surtout la profession des émetteurs d'infos. 

A la question télévisuelle posée  à un responsable national de Pôle Emploi en octobre 2012 : "quelle est le métier le plus en crise économique" La réponse  fut sans hésitation "les journalistes : trop de monde pour trop peu d'annonces".

Une partie du problème s'explique par la pléthore de  formations presse. Bien au delà des besoins. (d'autant qu'on peut aussi intégrer ce métier  sans école)

Il fait rêver, certes.  Des instituts de formation opèrent dans toutes les régions de France. La seule ville de Grenoble accueille deux écoles. Deux années d'études  intégrées le plus souvent après un bac + 2, +3 voire plus.

Et  là une certaine hypocrisie générale doit être signalée. L'existence du nombre trop important d'organismes  de formation n'est- elle pas en place pour fournir aux médias des armées de....stagiaires gratuits ????

Je peux en témoigner. Cela date un peu.  Des stages- écoles vécus sur le terrain en réel en fonction pro: 3 mois de conduite de nuit pour une grande radio parisienne, 3 mois de PQR, 3 de médias nationaux etc.

Tout bénéfice pour  les entreprises de presse qui n'ont qu'à lire les CV et trier des cohortes de stylos ou souris gratuits super honorés d'avoir été sélectionnés.

Normalement au bout d'un tel parcours, il y avait de l'emploi. Pour les nouvelles générations : le vide, la précarité.

Le mouvement s'accélère avec ce nouveau type de délocalisation-parasite ( car en ré-écriture de données) comme le cas tunisien ou celui  des articles passe-partout, mutualisés entre plusieurs supports de groupes de presse. Car Ebra n'est pas le seul à réduire ses coûts de production de la sorte.

On observe également que le passage du papier au web 2.0  voit une stricte diminution des rémunérations. Avec même une tendance vers le "carrément non payé"

Anecdote véridique  vécue il y  a 8 ans avec le rédac chef d' une net-rédaction. Il proposait du travail mais non rémunéré- une habitude visiblement.

Devant mon étonnement, sa réponse fut extraordinaire:" cela serait trop injuste vis à vis de tous nos autres collaborateurs externes que nous ne rémunérons pas non plus. Votre intérêt sera de voir votre signature dans notre publication. C'est une magnifique carte de visite

Bigre. Net refus  évidemment.

En réfléchissant, en Tunisie au moins, les rédacteurs délocalisés de la régie publicitaire française  gagnent 300 euros par mois !

                                                                                                                Sylvie Neidinger

 

                                                

 

 

 

 


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