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24/07/2012

JL Beffa, le capitaine d'industrie fustige l'inconstance des français en matière économique

On pourrait glisser son livre dans le sac de plage ou la besace de rando. Jean-Louis Beffa nous invite à un  voyage autour du monde. Oui, mais du monde....économique.beffa 001.jpg

Une analyse plus que rationnelle de la part du président d'honneur de Saint-Gobain.

Avec son  esprit cartésien- comme l'hexagone sait les fabriquer- le polytechnicien (X-Mines)  va plus loin.

L'ouvrage donne en réalité la clef de voûte d'une vie au service d'une gouvernance internationale « ce livre résulte de quarante années de gestion d'entreprises »

La quintessence d'une réflexion à la fois théorique et pratique. Avec la simplicité de l'ingénieur.

Le "grand patron" classe des typologies de fonctionnements des Etats : le modèle anglo-saxon libéral financier qui n'est pas sa tasse de thé -La récente affaire du Libor qui éclabousse la City de Londres lui donne raison!  Le second :  le modèle commercial industriel (Japon, Allemagne, Chine, Corée..) Le modèle rentier (rente du gaz ou du pétrole : Russie, Arabie Saoudite ...) Le modèle autocentré (Inde, Brésil...)

La Suisse n'est pas analysée en tant que pays mais citée lors d'une comparaison avec ...le fédéralisme  européen ! « Une Europe sous leadership allemand ressemblerait à la Suisse actuelle. Elle serait ouverte et pacifique. La composante régionale serait forte comme en Suisse avec le rôle important des cantons. Elle serait dominée par l'Allemagne comme la Suisse est dominée par la Suisse allemande »

Et la France dans tout cela ? Son cas vient en fin d'ouvrage car sa particularité est d'avoir ...changé plusieurs fois de modèle au cours des 60 dernières années. Auto-centrée après guerre puis  libérale-financière sous le socialiste Mitterand dans les années 80. Aujourd'hui, un système  hybride, suivant le sens du vent...

Selon Jean-Louis Beffa, une inconstance française qui tranche avec  les pays comme l'Allemagne ou le Japon.

Il décrit. Depuis 1981, les déficits budgétaire s'accumulent, à force de ne pas choisir.

Pour rester attractif face aux investisseurs internationaux principalement anglo-saxons, l'hexagone a envoyé des signaux forts d'adhésion aux principes du régime libéral financier. Une politique paradoxale reprise ensuite par les présidents successeurs au profit des banques, assurances, rapprochement des hedge funds et des bureaux d'analyse etc.

Les financiers ont demandé aux groupe industriels de se destructurer, de s'éclater en monométiers. Siemens en Allemagne restait un bloc alors que CGE, Thomson se voyaient à la découpe sectorielle. La participation (co-gestion) gaulliste datée de 1968 est éliminée au profit des stocks-options offertes aux dirigeants qui vont favoriser l'actionnaire-roi.

Nicolas Sarkozy démantèle l'Agence de l'Innovation Industrielle créée à l'initiative de Jacques Chirac. Une complète déconnexion s'opère entre les intérêts du pays  au point d'une « scission profonde alarmante » La désindustrialisation s'accélère.

« L'Etat français de puissant est devenu passif voire inerte. Il a comme abandonné les rênes au marché financier devenu seul  maître et juge de l'intérêt économique des orientations industrielles de la France ! »

Les marchés laissés libres n'ont pas joué leur rôle de régulateur. Il fallait s'y attendre !

La crise économique de 2008 et la crise de l'euro viennent parfaitement cautionner le raisonnement.

Au final, monsieur tout le monde est aussi responsable, selon J L Beffa, également  coprésident du Centre Cournot pour la recherche en économie.

Ajoutons que la Commission européenne ultra libérale porte sa grande part de responsabilité  !

Les français souhaitent un niveau de vie élevé associé aux  loisirs pour garder leur  mode de vie spécifique ( luxe, gastronomie, tourisme...)

Ils plébiscitent un service public de qualité  basé sur un nombre élevé de fonctionnaires ( plus qu'ailleurs) et donnent, au final, le tournis aux partenaires qui ne savent plus sur quel pied danser face aux tergiversations.

La France vit à crédit, dette qu'elle comptait  faire payer - sans mauvaise conscience- par ses générations futures !!

L'endettement sanctionne cette façon de ne pas choisir.Et la crise de l'euro vient stopper cette dérive.

Avec la spirale infernale du chômage qui laisse des catégories entières de population de côté et la désindustrialisation gagner telle la fermeture des usines Peugeot dans l'actualité brûlante !

Les français doivent faire un choix-si possible celui du renouveau industriel.

S'en donner les moyens. En assumer les contraintes. Et... s'y tenir ! Dixit.

Sylvie Neidinger

Capture.PNGJean-Louis  Beffa   n'hésite pas à prendre  son bâton de pèlerin pour lancer son credo en faveur de la relance de la politique industrielle en France.

Il était accueilli le mois dernier (18/06) à Thônes par le Club des Entreprises de l'Université de Savoie.

Sur la photo avec Claude Deffaugt, directeur général de Migros France,  président  du Club et administrateur de l'Université.

 


La France doit choisir par  Jean-Louis Beffa. Seuil. isbn 9782021064995

Centre Cournot pour la recherche économique

Club des entreprises de l'Université de Savoie

 

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